‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 10 sur 195 · LIVRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-QUATRIÈME

plaintes, qui ne venaient pas seulement des protestans, mais des catholiques eux-mêmes, roulaient sur ce que, les partisans que les jésuites avaient à. Poitiers, les ayant mis à leur arrivée en possession d'un coUége, et ayant fait en leur faveur de fort grandes dépenses en maisons et en meubles , et ayant même fait passer entre leurs mains les plus riches bénéfices du canton , on ne voyait pas que c6s pères , depuis deux ans qu'ils étaient établis parmi eux , et avaient été chargés de l'instruction de la meilleure partie des jeunes gens de la ville, eussent encore produit aucun fruit; ce qui leur était d'autant plus sensible, qu'avant cela, disaient-ils , ils avaient de très-^bons collèges et d'excellens régens. Ils y joignirent quelques autres plaintes encore, plus graves sur la zizanie qu'on accusait ces pères d'avoir semée dans la ville et dans la province , et ils revenaient à de nouvelles instances pour obtenir qu'on rappelât les jésuites, et qu'on fondât un collège royal. Qu'aurais-je pu faire pour eux auprès de Henri , qui venait d'accorder tout récemment à ces religieux que son cœur fut mis dans leur maison de la Flèche, au lieu de l'église de Notre-Dame, où l'on a coutume^e déposer celui de nos rois? C'est à ce sujet qu'un chanoine de cette église, rencontrant en ce temps-là un jésuite , lui demanda lequel ils aimaient mieux , de mettre le cœur du roi

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dans la Flèche, ou de mettre la Flèche dans le cœur du roi.

Malgré tant de faveurs et de bienfaits, dont sa majesté cdhiblait ainsi chaque jour les jésuites , ils se croyaient sans doute tout autrement obligés encore au roi d'Espagne , puisqu'ils continuaient à appuyer tous ses desseins , desseins qui se tramaient dans le royaume , et au milieu de la cour même. L'ambassadeur espagnol s'ouvrit confidemment aux amis que cette couronne avait en grand nombre chez nous , de la résolution où il disait tju'était sa majesté catholique d'empêcher, par quelque moyen que ce fôt, qu'un roi si ambitieux, disaiit-il, si prudent, si habile général d'armée , d'une si grande réputation, et si particulièrement uni de politique avec les protestans, n'exécutât les projets que ses amas d'argent , d'armes et de munitions , déclaraient assez ; qu'il ne fallait pas laisser prendre à ce prince l'essor hors de chez lui, parce que rien ne pourrait lui résister, mais lui susciter assez* d'affaires dans l'intérieur de son royaume pour l'empêcher d'en sortir, en se servant , avec le même fruit qu'on avait faut du temps de la Ligue, de la haine que se portaient les deux religions ; que c'était l'affaire de tons les cafeolitjues de l'Europe, dont la crainte était d'autant mieux fondée, que Henri, par la protection qu'il avait accordée aux Provinces-Unies , avait su af-

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