‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 9 sur 195 · LIVRE VIJVGT-QUA.ÏRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VIJVGT-QUA.ÏRIEME

a pectueusement , nous savons bien que JÉSUS a n'a point eu de compagnons, et que vous n'avez a point de lettres du roi. » Sans vouloir l'entendre davantage, on l'obligea de se retirer, ce que le père fit, en menaçant d*un ton très-emporté de s'en plaindre au roi , et il n'y manqua pas. Tous ses partisans à la cour le secondèrent si bien , en exagérant à sa majesté ce manque de respect pour ses ordres, et lui cachant tout ou partie de la vérité , que ce prince me manda inccmtinent à Fontainebleau, par un billet très-pressant,,, et qui marquait beaucoup de colère.

Je trouvai toute la cour en rumeur , et le roi environné de personnes qui animaient son ressentiment. « Hé bien ! me dit-il , vos gens de la Rochelle a ont fait bien des leurs : voilà le respect qu'ils « me rendent, et la reconnaissance de l'amitié que « je leur porte , et des gratifications qu'ils reçoia vent de moi. » Il me conta le fait d'un air qui me parut ne respirer que le châtiment. Mais m'ayant ensuite tiré à quartier , il me dit : « J'ai fait ainsi « le fâché pour fermer la bouj^ie à ceux qui ne « cherchent qu'à blâmer mes actions ; mais je vous « dis à vous que les Rochellois n'ont pas tout le « tort du monde, car je n'ai commandé ni été in- <c formé de telles lettres ; je les eusse bien empe- « chées,sij'en a^ais été averti. Cependant il y faut « pourvoir par une autre voie qu'en désavouant

24 MEMOIRES DE SULLT.

<c les secrétaires d'état, parce que cela tirerait à « conséquence pour toutes leurs autres dépêches; « avisez quel moyen il y aura. »

J'écrivis aux Rochellois , après en être convenu avec sa majesté, que leur devoir était, avant toutes choses , d'envoyer faire soumission au roi , et lui marquer le regret qu'ils avaient de lui avoir déplu. Je leur donn^^i à entendre qu'un peu d'obéissance les ferait sortir de cette affaire à leur avantage. Je les assurai que la chose s'était faite sans la participation de sa majesté; qu'elle n'arriverait plus, et quelle se terminerait sans qu'on touchât à leurs privilèges ; enfin que j'aurais tout le soin imaginable de ménager leurs intérêts avec deux ou trois de leurs plus notables et plus honnêtes citoyens que je leur mandai de m'envoyer. Le biais que je pris fut que le père Séguiran reçut de nouvelles lettres de la main même de sa majesté , en vertu desquelles il prêcha ; mais il fut révoqué au bout de quelques jours. Les jésuites eux-mêmes ne parurent pas mécontens de ce tempérament.

Il eût été fort difficile d'en trouver un propre à 3atisfaire la ville de Poitiers, Depuis que cette ville avait été enfin obligée de souffrir les jésuites, je ne recevais plus que des plaintes , de vive voix , pu par lettres, contre ces pères, de la part de l'évêque, du lieutenant-général et des principaux liabitans, soit séparément , soit en corps. Ces

Page 1