LIVRE VINGT-QUATRIÈME
feibUr la seule puissance qui aurait pu faire qlielque effort considérable en leur faveur ; qu'il fallait lui rendre la pareille en cherchant à consumer ses forces avant que d'entreprendre d'en tirer raison ouvertement.
Tétais moins épargné que personne dans ces discours. On disait que je mettais dans la tête de sa majesté d'entreprendre de plus grandes choses qu'aucun roi de France n'avait fait depuis plus de cinq cents ans; que mon principal objet était de détruire la religion catholique. Je ne me défends que contre cette dernière imputation , absolument £aiusse; mais on la croyait permise, comme le motif le {4us capable de fiure impression. Au reste , je ne mets rien ici gratuitement sur le compte de l'ambassadeur espagnol. Quelques-uns des ecclésiastiques qu'il prit pour confidens se trouvèrent encore assez bons Français pour être scandalisés de pareils discours. Us crurent satis&ire leur conscience et leur honneur, en faisant jurer, par la foi et les saints Évangiles, au cardinal du Perron et à son frère, auquel ils les redirent, que du moins ils ne les nommeraient point. On ne soupçonnera pas les deux du Perron d'avoir forgé une imposture : tout y était trop bien circonstancié ; on ne rapportait rien que d'après l'ambassadeur, qui avait dit encore que la chose n'en était plus au terme d'un simple projet ; mais que plusieurs
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bons ecclésiastiques et amis de sa majesté catholique y avaient déjà travaillé, et y travaillaient si bien tous les jours , qu'on devait s'attendre à voir dans peu arriver quelque heureuse révolution. D'ailleurs ce n'était pas seulement dans sa cour que ces avis étaient donnés au roi ; ils lui venaient de toutes les cours étrangères , où les ambassadeurs d'Espagne disaient publiquement que la balance commençait trop à pencher du côté de la France pour que la paix pût durer encore longtemps entre les deux couronnes, et l'on ajoutait que ces Espagnols soutenaient ces discours par de puissans efforts, et par toutes sortes de manèges propres à s'attacher les amis et les alliés de la France.
Henri, ému, comme il devait l'être, de ces avis, qui se multipliaient de tous cotés, avait commencé, dès la fin de l'année dernière^ à m'en pai^ 1er. Il m'envoya un jour chercher par La Varenne de si grand matin, que je le trouvai encore couché. Sitôt qu'il fut habillé , il me prit par la main , en me disant : a Mon ami , j'ai des choses d'importance « à vous dire : allons-nous-en au cabinet des livres, « afin de pouvoir nous entretenir long-temps ; car, « quoique j'^ie eu quelque ressentiment de goutte, (c je ne laisserai pas de me promener quelquefois.» Après qu'il m'eut rapporté tous les avis qu'il i;ecevait : « Hé bien ! dites la vérité , me dit-il. Vous