‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 12 sur 195 · LIVRE VITîGT-<JUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VITîGT-<JUATRIÈME

c n'êtes pas fâché de voir par tout ce que je vous « ai dit confirmer l'c^inion que vous avez toujours « eue , qu'il fallait que les grands rois se résolussent <c à être marteaux ou enclumes, quand ils ont des ec rivaux puissans , et qu'ils ne doivent jamais comp- « ter sur un bien profond repos : ce que je ne nie a point que je ne vous aie quelquefois contesté ; « mais , puisque nous voyons la chose se vérifier <( aujourd'hui, au moins donnons ordre à les réa duire en tel état, qu'ils ne puissent mettre en c( exécution leurs mauvais desseins après moi, car « peut-être n'y trouveront-ils pas tant de difficul- (c tés , qu'ils feront moi vivant, qui connais leurs « finesses. Je ne suis pas si fou , continua ce prince, « que de vouloir me venger à mes dépens de ces a petites frasques que me font quelquefois vos « huguenots. Ils s'abusent, s'ils pensent que je ne a connais pas mes forces en comparaison des leurs , a et que je ne sache bien qu'il est en ma puissance a de les ruiner quand il me plaira ; mais je ne veux oc pas , par un dépit frivole , ni pour plaire à au- « trui, affaibUr si fort mon état en les voulant dé- « truire, que je devienne la proie de mes ennemis: a j'aime mieux leur donner deux coups que d'en « recevoir un de leur main. Ainsi , poursuivit Henri, « en s'animant de lui-même, puisque la malice 4c de ces marauds est telle , il faut essayer de la préa venir: et pardieu! j'en jure, car ils m'ont mis en

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a colère , s'ils me présent davantage par leurs « complots contre ma personne et mon état, car « j'ai été averti encore hier qu'en leurs menées , « il y a de l'un et de l'autre ; s'ils me font une fois ce mettre les armes à la main , ce sera de manière « que je leur ferai maudire l'heure où ils auront « troublé mon repos. Préparez donc tout le mieux « ^e vous pourrez , et fatites surtout abondante (( provision d'armes , d'artillerie, de munitions et « d'argent , qui est ce qui donne vigueur aux au^ « très; pour le surplus, je m'en charge, et voyez « si, pour cette année prochaine , vous nepour*^ a riez point trouver ime devise qui exprime , sui- « vant ce que nous venons de dire, que, s'ils nous <c font la guerre en renards , nous la leur ferons « en lions. »

Je fus charmé d'entendre le rctt parler de la sorte , et j'exécutai ses ordres avec la plus grande joie du mondç. Sur les jetons d'or que je lui présentai au commencement de l'année était repré*sente le temple de Janus; un lis paraissait en te» nir la porte fermée ; ce qui était encore mieux expliqué par ces trois mots qui en étaient la de** vise : cUmsi , cai^ete , reciudam. Le roi trouva que j'avais fort bien réussi à marquer la disposition où il était de ne pas se laisser prévenir par ses ennemis.

Henri avait de la peine à ne pas regarder

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