‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 117 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME. a · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME. a

de la GOiivei^ation que nous eûmes ensemble chez moi, où il vint un mercredi l'après-midi, qu'il savait que je n'allais point au conseil.

Il entra dans mon cabinet , portant sur son visage toutes les marques ^ l'agitation de son esprit, et je ne fus point surpris de ce que, sans autre préambule, il me parla des sujets qu'il avait de se plaindre de la conduite du roi à son égard. Je lui rép<mdis en lui rappelant le$ obligations en quelque manière infinies que toute sa maison en général , et lui en particulier , avaient à sa majesté , obligations dignes non-seulement qu'il lui sacrifiât un dépit conçu sur un simple soupçon , et sur un ombrage peut«étre imaginaire , mais un mécontentement même juste. M. le prince, ne goûtant point ces raisons, m'entretint de je ne sais combien de desseins qu'il supposait qu'avait Hairi contre lui , que je n'attribuai qu'à l'effet de l'inquiétude et de la défiance , poussées trop loin , et que je m'imaginai dissiper en lui représentant , d'une manière qu'il ne lui était pas possible de ne pas croire sincère, que sa majesté, loin d'avoir eu la pensée de se porter à quelque violence contre lui , ne se souviendrait qu'il était de son sang que pour joindre aux sentimens de douceur naturelle qu'elle témoignait pour tout le monde ceux de l'amitié et d'une distinction marquée; et je me souviens fort bien qu'au lieu

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d'avoir accordé par complaisance à M. le prince que Henri pût opprimer un innocent^ paroles qui me furent à la vérité souvent répétées , je lui dis simplement que les plus coupables étaient ceux qui abusaient ordinairement le plus de ce terme ai innocent^ malgré lequel on ne laissait pas de les châtier.

M. le prince, qui après cela devait être en garde contre moi , ne balança pas à me déclarer qu'il était résolu à sortir de France. L'idée ne me vint point de regarder une parole si impi^udente que comme l'effet d'un cœur ulcéré; et si je la relevai avec fermeté , c'est que je crus qu'en ces occasions la fermeté doit accompagner le conseil qu'on donne. Je lui dis que je ne pouvais croire qu'il fut capable de trahir jusqu'à ce point son roi, sa patrie, son honneur et son devoir;, que le royaume ^ et même la cour , était l'unique séjour des princes du sang ; que partout ailleurs leur éclat ne faisait que se ternir; qu'ils étaient même réputés coupables de la seule affectation à s'arrêter trop long-temps dans tout autre endroit , s'ils n'en avaient pas obtenu la permission de sa majesté. A quoi M. le prince ayant réparti qu'une pareille contrainte ne convenait ni à sa condition ni à sa naissante , je lui répliquai aussi absolument que les lois de l'état obligeaient les enfans et les frères du roi , autant et peut-être

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