‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 118 sur 195 · LIVRE YIirGT-SIXlÈME · texte numérisé non relu

LIVRE YIirGT-SIXlÈME

plus étroitement encore que le moindre de ses sujets; et je le lui prouvai par des exemples tirés de Thistoire de Louis XI , de feu le duc d'Anjou , et de Henri lui-même. Ce n'était pas sur ce ton que M. le prince avait, souhaité de m'en tendre parler. Je m'aperçus qu'il ne songea plus qu'à paraître , à l'aide de quelques correctifs, se rapprocher de mon opinion ; et rien encore ne servit mieux qu'un changement si subit à me faire comprendre qu'intérieurement il était décidé pour le parti dont ses., dernières paroles voulaient me prouver son éloigiiement.

J'en doutai si peu, qu'apprenant que M. le prince , au sortir de chez moi , avait paru tout-àfait radouci , qu'il s'était même plaint à la reine qu'on fît courir le bruit qu'il songeait à quitter la cour avec éclat , et qu'il avait assuré cette prin- . cesse qu'il n'en avait jamais eu la pensée, ajoutant ces propres paroles , qu'il était assez content de sa majesté , qu'enfin il parlait presque publi- , quement dans les mêmes termes , je ne voulus pas différer d'un moment à venir trouver le roi , auquel j'assurai , après lui avoir rapporté fidèlement tout ce qui s'était passé entre M. le prince et moi, que dans huit jours il ne serait plus en France. Il s'en fallut peu que Henri ne me traitât d'extravagant. Il y avait aussi peu d'apparence, disait-il, qu'il pût vivre en prince dans les pays étrangers,

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sans le secours qu'il recevait de sa main , qu'il y en avait qu'il pût emmener tout ce qui lui appartenait sans qu'on le vît et qu'on l'empêchât avec la dernière facilité. A quoi sa majesté ajouta ce que M. le prince venait de dire à la reine. « Tout « ce que vous me dites , Sire , répondis-je , ne me « fait point changer d'opinion; je m'y confirme « de plus en plus : vous vous en fâchez contre « moi; mais le temps et l'événement vous feront «.connaître que j'ai raison. Je vois bien des perce sonnes, poursuivis-je , qui sont de cette menée, « et qui vous trompent, quoiqu'ils vous soient des ce plus obligés; mais cela ne. doit pas être trouvé ce étonnant, puisque vous aidez vous-même à vous «c tromper. Vous ne me nommez personne, me « dit sa majesté , comprenant que je voulais lui « parler des domestiques de la reine ; mais je vois <K bien qui vous voulez dire. » Cela n'était pas bien difficile ; et ni le roi ni moi n'étions pas les seuls qui voyions que la cabale jouait ici un étrange manège ; car non-seulement elle débitait comme étant certaines mille choses supposées sur le compte du roi et de la princesse de Gondé ; il n'y aurait eu en ceci qu'une malignité ordinaire ; mais ce qu'on ne saurait bien caractériser, c'est l'art détestable avec lequel ces gens savaient faire servir leurs impostures k rendre le roi souverainement odieux à la reine, et à forcer cette prin*

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