LIVRE VINGT-QUATRIÈME. 3l
comme tels six ou sept personnes de la cour, entre plusieurs autres , sur lesquelles on lui donnait presque continuellement des avis très-sérieux. La maison de Lorraine y était comprise tout entière, ce qui lui faisait un jour m'écrire : «Toutes « les croix de Lorraine sont dissimulées , et j'ai a peur que les fleurs de lis n'en ressentent de la <c contagion. » Ces plaintes étaient assez souvent mêlées de reproches de sa majesté , de ce que je souffrais que tous ces princes eussent publique* ment avec moi des liaisons plus étroites qu'elles ne lui semblaient devoir l'être avec une façon de penser si différente : c'est que je regai*dais comme autant de calomnies tous ces rapports faits à sa majesté contre MM. de Lorraine. Je crus pourtant devoir, par complaisance pour ce prince, en parler à celui de tous qui pouvait lui Êiire le plus d'omlnrage ; je n'en reçus que des assurances d'obéissance et d'attachement, qui me parurent si sincères, que je crus être obligé de détromper sa majesté sur son sujet. Je priai ce prince de me raidre la jiislice de croire que je romprais sans balancer toute liaison qui me paraîtrait tant soit peu préjudiciable à son autorité ; et comme il souffrait que je lui donnasse des conseils là-dessus , je lui fis observer que, pour son intérêt propre, je ne devais point abandonner la personne dont il se plaignait , parce qu'en supposant qu'elle m'eût
caché quelque chose de ses sentimens , j'étais sûr que , tant que je conserverais quelque pouvoir sur son esprit, elle ne se porterait jamais jusqu'à manquer à son devoir , et qu'il me paraissait surtout nécessaire d'user de patience et de silence, pour ne pas effaroucher des esprits auxquels une semblable imposture serait d'autant plus sensible qu'ils la méritaient moins.
Quant à toutes les autres personnes comprises dans l'accusation ^ le roi ne me disait rien dont je n'eusse été informé avant lui ; mais toutes les fois que j'avais voulu approfondir tous ces rapports , j'y avais toujours trouvé peu de fondement et de réalité. Le motif qui faisait agir les délateurs m'était d'ailleurs si bien connu ^ qu'à la fin j'avais pris le parti de leur fermer tout*^à-fait l'oreille , dès que je leur entendais seulement nommer les deux ou trois personnes sur lesquelles leur langue s exerçait avec une plus maligne joie. Ce n'est pas que le parti espagnol ne fut considérable à la cour ; j'ai été le premier à en convenir; et je crois que personne n'a mieux connu que moi ceux qui en faisaient profession. Mais qu'elle apparence de faire entrer dans cette association, qu'on voulait qui fut secrète , des personnes connues par une longue et invincible antipathie ?
A cela Henri répondait qu'il était toujours fort dangereux qu'on fut persuadé qu'il ne se tramait