‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 120 sur 195 · LIVRE YINGT-SIXlijffS · texte numérisé non relu

LIVRE YINGT-SIXlijffS

« tout cela avant qu'il soit huit heures du matin ,. « qu'il faut que je me rende au conseil. Quant à « tout le reste delà journée, il ne faut point parler « de travailler dans mon cabinet ; je l'emploierai « tout entière à donner audience à un chacun ^ ff et à parier aux comptables et autres offîoters qui « ont affaire à moi. Je vois bien tout cela , me dit « Praslin , et le roi lui-même ne l'ignore pas ; car « il a dit tout haut devant la compagnie y que j'allaia « vous mettre en colère , venant vous chercher à «c une- heure aussi indue , et qui est le seul temps a que vous ayez pour vous délasser, le corps et K l'esprit : mais il y a remède , Monsieur , il £siut « venir ; car c'est une affaire qui lui agite fort a l'esprit , et à laquelle il est persuadé que , s'il y a « quelque remède à apporter , vous seul en êtes « capable. L'homme que vous savez , comme le ff roi a dit que vous l'aviez bien prédit, s'en est « allé , et a même emmené avec lui les dames en « croupe, ce qui est le pis. Ho , ho ! repris -je , « c'est donc pour cette affaire -là qu'on me dea mande? vraiment, il y aura de; la colère; car je a me doute bien que nous, ne nous, trouverons pas c tous de même opinion. Je sais bien que Mars « et Vénus sont en bonne intelligence ; mais ce- « pendant, si nous voulons avoir de bons succès « par le premier, il faut que l'autre cède, et cela « peut nous fournir quelque bonne raison pour V. 19

ago MiMOiiUBS de suixt.

« accélérer les affaires. Or^ aUons donc , mon ce cousin. »

J'arrive au Louvre, où je trouve le roi dans la chambre de la reine , se promenant la tête baissée et les mains jointes sur le dos. Avec la reine étaient présens MM. de Sillery , de Villeroi , de Gévres , de La Force , La Varenne et quelques autres y collés contre les murs , et asse2 écartés les uns des autres pour ne pouvoir même se parler bas. M Hé bien ! me dît Hairi ^ en me prenant par « la main sitôt qu'il me vit entrer ^ notre homme « s'en est allé , et a tout emmené ; qu'en dites^ ce vous? Je dis, £re, répondis^je, que cela ne me (c surprend pas ^ et que ^ depuis qu'il parla à moi à <i l'Arsenal, je me suis toujours attendu à cette es^ <c d^de , que vous auriez bien empêchée ^ si vous flc eussies voulu me croire. Je 'me doutais bien que « vous m'alliez dire cela , reprit ce prince ; mais a il ne Êiut point parler des choses passées , aux^* «c quelles aussi-^bien on ne saurait remédier ; pen*» a sons seulement à l'avcanir ^ et voyons ce qu'il y (K a à faire préi^entemiént \ dites^m'en le premier «c votre avis , car je ne l'ai encore demandé à per*- « sotine. Sire^ je ne suis pas, t>epârtis-je., encore « assea bien infonné de toutes lés circonstances et de cette ^affaire ^ <^ je n'y ai pas encore pensé d autant qu'elle le mérite. Je Vous supplie de me cr laisser dormir dessus , et demain je viendrai

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« VOUS trouver , et je tâcherai de vous donner un « bon avis ; au lieu que , si vous me pressez inaiii*cc tenant , je ne vous dirai rien qui vaille , car mon « jugement ne va pas si vite. Non , interrompit « sa majesté ^ c^est tout le contraire ; je vous con« «nais bien; dites -moi donc ce qu'il vous en « semble. Sire , je ne saurais , dis-je encore , et « infailliblement , si vous me pressez si fort , je ff ne dirai rien qui vaille ; de grâce excusez-moi a jusqu'à demain. Point du tout, répliqua Henri , ff je veux que vous parliez tout présentement : que « doi&-je faire ? Rien du tout , lui répondis-je , ne ff pouvant plus reculer. Comment! rien? s'écria* « t-il : ce n'est pas là un avis. Pardonnez -moi, « Sire , repris-je , c'en est un , et un des meilleurs « que vous puissiez pr^idre ; il y a des maladies « qui veulent plutôt du repos que des remèdes ; « et je crois celle*ci de cette nature. Tout ce rai- « sonnement n'est pas de saison , insista Henri « avec la même impatience ; il faut des raisons ; a quelles sont les vôtres? Je n'en ai point de « bonnes , dis -je , si elles sont contraires à vos « désirs : il me semble pourtant que la chose parle « d'elle-même , et qu'elle veut qu'on attende « quelque éclairbissement avant que de rien ena treprendre , afin qu'il vous serve à prendre une « bonne résolution ; en attendant , je trouve qu'il « serait à propos de ne parler de cette af&ire que

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ce le moins qu'il est possible , et de faire semblant « qu'elle n'est d'aucune conséquence, et qu'elle « ne vous inquiète en aucune manière. »

J'appuyai ce sentiment d'une réflexion qui me paraissait juste ; c'est que le bon ou le mauvais accueil que les Espagnols feraient à M. le prince dépendraient peut-être de l'impression forte ou faible que son évasion aurait causée au roi : en sorte qu'il n'était pas impossible qu'ils ne reçussent ce prince avec mépris , pour s'épai^er la dépense qu'il allait leur coûter, surtout si l'on pouvait avec cela leur faire concevoir qu^ue soupçon que cette démarche du prince de Condé ne se faisait que d'intelligence entre sa majesté et lui. « Quoi ! disait le roi en branlant la tête , vous c( voudriez que je souffrisse qu'un petit prince , a mon voisin , retirât contre mon gré le premier <c prince de mon sang, sans en témoigner du rescc sentiment ? Voilà un beau conseil ! aussi n'en oc ferai-je rien : je veux que Praslin ' parte dans

' A Praslin partit effectivement; mais l'archiduc lui répondit <c qu'il n'avait jamais violé le droit des gens à l'occasion de qui « que ce fût, et qu'il se garderait bien de commencer à com- « mettre cette faute par la personne du premier prince du « sang de France ; et peu après lui envoya de l'argent et es- « corte d'hommes pour venir à Bruxelles. » ( Mémoires pour l'histoire de France, année 1609.) Les mémoires de Bassompierre portent, que l'archiduc se sentit d'abord si fort ébranté de la déclaration de Praslin^ qu'il envoya prier le prince de

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