‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 122 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME

que personne qu'il m'avait inutilement tendu ce piège. A cette occasion , je déduisais , moins pour lui que pour le public , tout ce qui s'était passé dans notre entretien de l'Arsenal , comme on l'a vu il n'y a qu'un moment. Après quoi, je lui apprenais , sans beaucoup de ménagement, qu'ayant, malgré toute son affectation , pénétré son dessein, j'en avais averti le roi, qui l'aurait bien empêché de l'exécuter , s'il m'avait cru , ou s'il n'avait pas été si bon et si indulgent. Je ne m'excusais à M. le prince du conseil que j'avais donné à sa majesté contre lui , que parce que c'était le bien de l'état , de sa majesté et le sien à lui-même , pour peu qu'il y fit attention ; ce qui me faisait passer à lui mettre devant les yeux les suites d'une démarche si peu mesurée : qu'avait-il à attendre des archiducs et des Espagnols, qui, le regardant comme un fardeau inutile pour eux , insulteraient, par la fierté de leurs traitemens , à son malheur , et s'en applaudiraient intérieurement? Je faisais parler la voix de l'honneur , de la vertu , de la naissance et du devoir, contre une faute dont j'exhortais le prince à chercher au plus tôt le pardon. Je joignais à la prière des offres de services qui lui prouveraient mon zèle et mon attachement pour sa personne.

On conviendra sans peine que ce discours aurait été un peu fort dans la bouche de quelqu'un

*j|q8 MJSMOIRES de SULLY*

qui, dans la supposition de connivence, eut pu être foudroyé par un seul mot de réplique , d'une personne telle que le premier prince du sang. Je fis plus; afin qu'on ne se retranchât pas à cUre que j'avais évité de toucher au contenu de la lettre écrite à de Thou , j'ajoutai k M. le prince que les politesse», les louanges et les r^nerçimens dont il m'avait comblé à l'Ars^ial allaient être mal payés, à mon grand regret, par la nécessité au sa lettre m^ mettait de fiiire connaître la vérité d'une manière qu'il nife trouversût peut*étre pas fiicile à ac* corder avec le respect que je lui devais; qu'il devait me r€attdre intérieurement toute la justice que je méritais , mais qu'il éprouvait aujourd'hui que le premier pas que fait tout homme hors de son devoir lui fait aussi manquer , par ui{e suite nécessaire , à toutes les lois de la sincérité ; qu'enfin , quelle que fut son intention w me prenant a'msi à partie , j'avais toujours tenu à glptre et à honneur d'être ainsi traité par les ennemis du roi et de l'état, et que je priais le cid d'inspirer à M. le prince un conseil qui pût faire oublier que sa faute lui avait fait donner avec justice ces deux noms. Cette lettre devint pubUqu^^ et demeura sans réplique ; ce qui détruisit dans l'esprit de mes ennemis même les imputations de M. 1? prince.

{1 y eut une contestation epitre Villeroi et de

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Fre8ii6 au sujet des lettres ' que le roi fit écrire , deux jours après la sortie de AL le prince , dans toutes les provinces, pour y £aire savoir ses intaitioBs sur cet évéoemait. YiUeroi en con^posa un modèle, auquel il voulut que tous les auti^es se* crétaires d'état se conformassent. De Fresne trouva que les tenues en étaient peu dignes de la majesté de celui dont elles étaient supposées partir; ce qui était vrai : et, comme il passait avec vérité pour avoir une aussi bonne plume que $on confrère, il craignit de se £ûre siffler, en envoyant cette lettre, comme écrite de sa main, à tous ceux avec lesquels sa charge le mettait en relation ; il vint me confier son axibarras, et me prier de l'en tirer.

Je n'ai rien à dire des affaires du corps protes«ta&t, ânon qu'il ae soutint heuneusemea^t ^ntre

' Voyez encore dans le volume 977a, manuscrits royaux, la sommation faite au prince de Gondé, au mois de février 1610, àftritxelles, par \e juarquîs de Cœurres, ICM. de Bemi et Maiichamp, de la part au roi^ de revenir em France, «oiis peine de se rendre coupable du crime de lèse-majes^, et le refus que fit ce prince d'y déférer. Le parlement rendit contre lui un arrêt par lequel il le condamnait à subir tel châtiment qu'il plairait à sa majesté d ordonaer. Henri iV aUa UÛHnéme ^parknent sttHicxter cet .arrêt; et pour >nMrq«er sa douleur^ 1' 7 alla sans fwmpe et sans -suite'; iA s'assît à la plaœ du pre** »Kr présideiit , aans dais ni iinarabe-|)âed, le parquet «gardée ^ïïom à rocdinaîiieg par les fansséers du ^clément , a« Jieu ^ officiers de sa «ajesié.

les calomnies qu'on continuait d'inventer contre lui 9 et de ifaire passer jusqu'à sa majesté par des avis et des discours de toute espèce. Il fut adressé au roi une lettre datée du dernier juillet , supposée écrite de la Rochelle, d'une main contrefaite , et faussement signée Emmanuel de La Faye. On y donnait avis que, dans une assemblée tenue à Saint-Maixent, le ministre de Blois, nommé Yiguier, avait fait présenter un livre ayant pour titre, le Théâtre de V Antéchrist^ scandaleux, disait-on , et emporté au dernier point ; qu'il avait été résolu dans cette assemblée qu'on le ferait imprimer après qu'il aurait été communiqué à l'académie de Saumur , et que ce livre ' était actuellement sous presse, malgré les défenses formelles de sa majesté.

Cette lettre est remplie de tant de minuties, et la passion s'y fait voir si à découvert, qu'on me saura gré de la supprimer. A qui l'auteur se flattait-il de faire croire, par exemple, que les Rochellois fortifiaient leur ville, s'attendant à avoir bientôt un siège à soutenir, et qu'il s'était

' Le supplément an Journal de Henri IVy imprimé en 1786, parle de ce livre; et dit que, le P. Gonthier, dans un sermon qu'il fit en présence de sa majesté, s'étant grandement emporté sur ce sujet contre ceux de la religion, le roi fit une réprimande à ce père, et donna ordre qu*on supprimât le livre, qui en effet ne parut plus. Année 1609.

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