LIVRE VINGT-SEPTIÈME. Sag
téressant que la mort du duc de Clèves " , qui arriva presque dès le commencement. Henri n'en eut pas plus tôt appris la nouvelle , qu'il vint à l'Arsenal, où, sans entrer chez moi, il marcha droit au jardin , après avoir seulement demandé , en passant, dans la première cour, où j'étais. Comme on lui eut répondu que j'écrivais dans mon cabinet, il se tourna vers Roqûelaure et Zamet, et leur dit en riant : «Ne pensiez-vous point qu'on allât « me dire qu'il est à la chasse , ou chez la Coiffîer, « ou avec des dames? Allez , Zamet , poursuivit ce « prince ,. après avoir donné à mon application au « travail plusieurs louanges qu'il ne m'est pas séant « de rapporter, allez lui dire que je vais me pro- « mener dans sa grande allée, et qu'il m'y vienne a trouver tout à cette heure au grand balcon, où « nous avons accoutumé de n'être point muets, et « que j'ai bien des choses à lui conter; car j'ai eu « avis, dit publiquement sa majesté, que le duc « de Clèves est mort : il a laissé tout le monde son « héritier, l'empereur et tous les princes d'ÀUen magne prétendant à sa. succession. » Zamet me rencontra sortant de mon cabinet. On m'avait déjà averti que le roi avait passé. La nouvelle du jour, et tous les incidens auxquels elle allait donner lieu furent la matière d'un entretien de plus d'une heure sur le balcon. La chose parut à sa majesté
* Jean Guillaume, duc de Clèves.
33o MÉMOIRES DE SULLY.
valoir bien la peine que je composasse sur tout ce qu'il y avait à dire à ce sujet un mémoire que je vais amplifier ici de ceux que je reçus peu de jours après de Bongars, qui était alors particulièrement chargé de veiller avec la dernière exactitude à nos affaires auprès des princes protestais d'Allemagne. Je les montrai tous à Henri; et je crois que le lecteur verra aussi avec plaisir un événement que toute l'Europe, attentive aux desseins de sa majesté y regardait comme le signal d'une guerre générale , traité avec toute retendue qu'il mérite, soit sur le droit , soit sur la politique. Il est nécessaire d'abord de savoir çQVim^nt s'était formé ce petit état , composé 9 lorsque son dernier duc mourut, de quatre ou cinq grands fiefs, tous ayant titre de principauté, Un comte de, Juliers, vivant environ l'an i i3o, joignit à ce comté celui de Bergh , en épousant la fille unique du comte de ce nom. Le comté de Gueldre leur fut ensuite uni en i35o, par le mariage de Renaud , ou Rainold , premier duc de Gueldre , avec l'héritière de Gmllaume, premier duc de Juliers. Presque daus le même temps , un Adolphe de La Mark quitta l'archevêché de Cologne et l'évêché de Munster pour se port^ bériti^ àe Marie, comtesse de Clèves, sa mère, contre ses cousins d'Ërkel et Perw^is , aua^i fils de Clève* , mais par les femmes , et l'emporta sur eux, soit parce qu'il