‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 140 sur 195 · LIVRE VIWGT-SEPTiiME · texte numérisé non relu

LIVRE VIWGT-SEPTiiME

le £sdre. Dans les affaires de communauté surtout , les modifica^ons se multiplient à proportion du nombre des intéressés. Je soutiens , au reste , que ces tâtonneraens des princes d'Allemagne , de quelque cause qu on suppose qu'il» proviennent , ne doivent point empêcher sa majesté de prendre parti pour eux. Dans lés grandes choses, dans les choses qui ont pour objet un biai général , j'ai pour maxime que c'est à ce bien seul qu'il faut s'attacher, et jamais aux personnes. Celui-là n'a qu'une seule face qui est toujours la même. Cellesci sont si sujettes à en changer , elles nous en montrent tant et de si odieuses , qu'elles nous refroidiraient infailliblement pour les entreprises les plus utiles et les plus nécessaires. •Politiquement, parlant, on doit presque toujours se contenter d'avoir écarté les obstacles , et ne pas craindre daller en avant; quoiqu'on laisse peut-être derrière soi quelques difficultés à lever , le temps les lèvera de lui-même : je parle toujours ici de desseins dont l'auteur n'a point à rougir , tel qu'était pour nous celui de soutenir les princes héritiers du duc de Clèves , et celui d'arranger le gouvernement et la police de l'Europe entière , auquel j'ai voulu qu'on fît l'application de ces principes. Il ne faut donc que commencer. Chaque moment ouvrira une reissource ; l'exercice mettra en haleine ces princes trop lents ; le succès les échauffera , et

l'ardeur gaerrière leur fçra prendre de notre générosité la, bonne opinion qu'on ne saurait trop les condamner de n'avoir pas conçue dans le commencement.

Yofci un motif en faveur de ceux qui , approuvant cette générosité, souhaiteraient pourtant que de notre part elle ne fut pas purement gratuite. Quelques succès qu'aient nos armes unies à celles des princes prétendans à la succession de Clèves , il restera toujours à ces princes la crainte d'en être dépouillés quelque jour par l'empereur , les conjonctures venant à changer. Ëst-il téméraire de juger que cette crainte, jointe aux réflexions qu'ils feraient sqr la difiQculté de conserver des provinces partagées entre eux en tant de morceaux, si peu à la commodité d'une partie d'eux, si exposées à la convoitise de leurs ennemis , et même d'un roi de France entreprenant , les porterait à s'en accommoder un jour avec sa majesté très-chrétienne , %3it qu'ils en reçussent la valeur en argent , ou l'équivalent en fonds de terre dans le cœur de la France, comme dans le Berry, le Bourl)onnais , la Marche et l'Auvergne ? Si cela arrivait, quel avantage pour la France dans ce double lien d'intérêt et de dépendance, qui lui unirait pour jamais une partie de l'Allemagne! Ce qu'on ne saurait nier , c'est que le secours que le roi accorderait aujourd'hui à ces princes serait pour eux

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