‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 141 sur 195 · LIVRE VINGT-SEPTlèniE · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SEPTlèniE

UQ eogageiaent à lui en demander daiis la suite pour se conserver leur nouvelle acquisition , que sa majesté pourrait alors se faire bien payer. Mais qu'on ne croie pas pourtant que ce que je viens de dire soit une idée cjaiinérique. Je vais surprendre bien des personnes en leur apprenant que là chose , bien loin d'être d'une impossibilité absolue , comme on se l'imagine , avait déjà été entamée par de tierces personnes, et que, sur le jour qui se présentait à y réu,ssir , elle était à la veille d'être proposée , et vraisemblablement acceptée par les princes intéressés.

Laissons toutes ces considérations publiques et particulières , et prenons la chose plus simplement. Le roi de France s'était déjà engagé de lui-même à prendre la défense de ces princes ; il n'avait rien négligé pour se les attacher ; il leur avait de tout temps fait offre de son assistance ; il avait déclaré assez hautement qu'il ne souffrirait point qu'on les maltraitât; il avait déjà même fait avancer des troupes sur la frontière : c'était un point décidé depuis long- temps par la justice et l'honneur, il ne lui convenait plus de reculer. Nos rois ont rarement été insensibles à ce mouvement de générosité qui porte à soutenir les princes mal-* heureux. Ce n'était pas ici purement le cas ; ceux dont il est question avaient rendu eux-mêmes des services réels à sa majesté, et montré, en toute

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occasion , qu'ils ne manquaient que du pouvoir de lui en rendre encore de plus grands. Gomme ami ou comme obligé , Henri avait à se souvenir de ce qu'ils avaient fait pour lui. dans des temps malheureux. I^iorsque François V^ aida Philippe, landgrave de Hesse , aïeul du landgrave d'aujourd'hui , à remettre le ducd'Ulric en possession du duché de Wirtemberg; lorsque Henri II tendit la main à l'électeur -Maurice de Saxe , prisonnier avec le landgrave et autres, princes d'Allemagne, opprimés par Charles-Quint , leur honneur seul , celui de leur couronne , les porta à ces démarches qui leur coûtèrent ccmsidérablement. Ils avaient de moins que Henri le Grand le motif de la reconnaissance , plus puissant lui seul que tous les autres. .

Je contredis ici avec assurance ceux qui se plaignent que pour un intérêt étranger , qui peut se démêler sans seulement tirer l'épée , on rengage de gaîté de cœur sa majesté dans une guerre avec l'Espagne , capable d'embraser toute la chrétienté. Ces personnes ignorent également la nature de la chose , et les conséquences de Tentreprise ; ils conviendraient que, dans la conjoncture présente, l'expédition qui a pour objet d'assurer la succession de Clèves aux vrais héritiers , est d'une exécution si rapide , qu'elle ne serait presque connue dans le public que par l'effet même } que l'Espa-

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