‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 143 sur 195 · LIVRE VINGT-SBPTliME · texte numérisé non relu

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qui est le but que l'on cchq vient qu'il ne faut pas perdre de vue. Nous n'eussions pas été dispensés de tenir, dans les trois points par où les états (Jebattus touchent à la France et à la Flandre , cha* Clin un corps au moins de quatre mille hommes d'infanterie , et de huit cents chevaux avantageusèment postés sur les terres neutres, ou sur les nôtres , où elles n'auraient fait aucun acte d'hostilité, mais seulement gardé qi^elques passages, tenu l'ennemi en respect , empêché quelque allié de se déclarer, et prévenu, dans le cas de la nécessite, la ruine totale de ceux qu'on soutient : encore une fois, voilà bien de la dépense uniquement employée à faire durer une guerre qu'on aurait finie tout d'un coup en s'y prenant mieux. Il y a un proverbe dans la politique, qui dit : Qui donne tôt , donne deux fois ; j'y ajouterais plus volontiers celui-ci : Qui donne à demi ^ donne deux fois , et ne donne rien. Nous en avons un exemple récent dans la révolte des Provinces-Unies , que cette manière de soutenir des alliés, aussi onéreuse à la longue que l'est un prompt et puissant secours, n'a fait que jeter un peu plus tard dans la nécessité de s'accommoder , lorsqu'on aurait pu les soustraire tout-à-fait à la domination espagnole. Si c'est là tout l'avantage que notre amitié doit procurer aux princes d'Allemagne, nous ne les obligeons guère, ou

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point du tout, y ayant cette différence entre eur et la Hollande , que , sous quelque appât qu'on leur propose un traité, il ne peut être qu'un leurre dont l'empereur se servira à coup sûr pour les attirer et les perdre. Eh ! qui peut dire que nous n'en sentirions pas nous-mêmes le contre-coup? Léopold dans Juliers( c'est un bon mot de Bongars tout-à-fait juste) , c^est un furet dans une garenne. Ce parti n'est donc propre qu'à épargner de la peine à la seule personne de Henri , qui n'aurait été tenu au plus que de s'avancer jusqu'à Ghâlons ou à Reims.

Outre ce moyen et celui d'une conspiration générale contre la maison d'Autriche, on en imagine un qui tient le milieu; 'la dernière expédition de Savoie peut en être donnée pour exemple. On y suppose que les alliés de part et d'autre agissent comme s'ils étaient convenus entre eux de ne soutenir leurs parties que pour le seul fiftit dont il est question, et sans prétendre* donner atteinte par là à ce qu'ils ont promis pour eux-mêmes dans le traité de Vei-vins. Si ce n'est pas là un cas de pure supposition , je le trouve au moins d'une procédure longue, embarrassante et coûteuse. Il faudra la commencer par une discussion de ce que chacun des alliés doit fournir de troupes pour son contingent; ensuite chercher des fonds pour les entretenir

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au moins deux années , dont celle-ci et les trois premiers mois de la suivante seront uniquement employés en allées et venues , et en arrangemens. L'hiver est rude dans, le pays où l'on veut porter la guerre; il faut attendre qu'il soit fini. pour ne pas voir ruiner son armée avant que d'avoir rien commencé. Dans une entreprise où le roi ne tiendra point la tête comme chef principal , il lui suffira bien de faire commander par un prince, ou un maréchal de France, l'armée qu'il destinera pour Clèves; mais il n'en sera pas moins obligé de faire des préparatifs et des avances d'argent, d'autant plus considérables, que, quelque chose qu'on f^e , il aura bien l'air de soutenir seul , ou presque seul , tout ce fardeau. Il n'est pas plus dispensé encore de tenir trois mille hommes en Dauphiné, autant en Povence, et autant en Languedoc et en Guienne. Je ne verrais alors rien de mieux à faire que de choisir certain nombre de places, de situation à pouvoir se garder mutuellement, et servir comme d'échelles pour joindre les états de Clèves à la France et aux Provinces-Unies , et de fortifier ces viUes , ce qui est encore un surcroît considérable de dépense.

Ainsi toutes les réflexions nous ramènent au premier expédient , comme au plus sûr , et toutes celles qu'on fait ensuite y confirment : ne plus

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rien ménager avec l'Espagne; traiter la maison d'Autriche en ennemie de toute l'Europe; rassembler de toutes parts ses rivaux et ses adversaires ; fondre sur elle avec de fortes armées , en lui redemandant les états de Glèves; se faire justice soi-même en se saisissant et de ces états , et de toutes les places qu'on jugerait importantes pour la cause commune du côté du Luxembourg, Limbourg , Aix , etc ; se répandre dans le miême moment, et couvrir les frontières du côté des Alpes et des Pyrénées ; en un mot , arborer Tétendard , et apprendre à tout l'univers que le moiHent pour lequel le roi très-chrétien se prépare depuis tant d'années et avec tant de soin est enfin arrivé; que ce prince va se montrer dans la carrière, guidé par la gloire, et armé pour venger une partie du monde des attentats d'une injuste et orgueilleuse puissance. Qui refusera de l'y suivre? Nos intelligences nous assurent presque toute l'Italie et l'Allemagne ; nous entraînons après nous les Provinces -Unies, en leur montrant leur ennemi , que nous avons éloigné de leurs frontières ; nous délions partout la langue et les bras des puissances que la crainte arrêtait ; et si nos efforts ne sont pas également secondés partout, le ressentiment commun que nous servons nous est garant que du moins ils ne seront traversés quQ par un très-petit nombre.

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La maison d'Autriche , il faut s'y attendre , remuera oiei et terre pour parer ou pour soutenir un coup accablant pour elle ; mais , quand on lui verrait clairement, soit chez elle, soit dans ses alliés , toutes les ressources que je doute qu'elle ait, si, de l'aveu de tout le monde, l'Europe est dans un état violent , d'où elle ne peut sortir que par de longues et cruelles guerres, qui peut-.étre lui rendront la liberté, peut-étr^la lui raviront pour jamais, peut-elle mieux prekidre son temps pour en jeter le sort que de saisir le moment où le succès est le plus apparent , et les risques moins grands ? Voilà tout ce que je puis diro, sans anticiper sur le détail que j'ai promis de donner séparanent, des grands desseins de Henri et de la manière de les exécuter.

Ceux qui n'avaient rien négligé pour en dé* tourner ou pour dégoûter sa majesté , et sous ce nom je comprends le& partisans de l'Espagne, les nourrissons de là vieille Ligue , les ennemis de la religion réformée, et les mauvais Français^ jaloux de la gloire du roi et du royaume , voyant que , malgré leurs efforts , on touchait à l'exécu*^ tion , «nployèrent tout ce qui leur restait encore à mettre en oeuvre. Us cherchèrent à profiter du faible de Hçnri pour les plaisirs , et à combattre dans son esprit 4es sentimens de la gloire par

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tous ceux qui portent à la mollesse et au repos. Ils essayèrent de nouveau de le remplir de soupçons contre tout le corps protestant en général , et contre moi en particulier. Us lui firent voir son royaume déchiré par des factions qui aspiraient avidement après le moment de la guerre, comme étant celui de Fimpunité, et les princes ses associés comme des trcHnpeurs qui se jouaient de sa crédulité. Quoiqu'en garde contre leurs artifices j il y eut des momens où Henri se sentit ébranlé. J'aidais peut-être moi-même , sans y penser, à son découragement, en lui représentant qu'un prince qui avait ouvert son cœur à des projets si nobles devait commencer à le fermer au gôùt des amusemens frivoles et des dépenses qui n'ont pour objet que la commodité ; qu'en semblable occasion Ferdinand et Isabelle de Castitte , et plusieurs de nos rois, avaient réformé leur propre maison et celle de la reine; enfin qu'il ne devait plus y avoir de plaisir pour lui que dans la victoire , ou du moinç après la victoire. On va v^ir ce qui arriva fort heureusement pour fixer les irrésolutions de Henri.,

Sies princes d'Allemagne indiquèrent une. assemblée à Hall , en Suabe , de leur propre mouvement et malgré l'empereur, pour y délibérer sur les moyens de rétablir les cercle^ dans leur

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