LIVRE VIlfGT-SEPTlÈME
ancienne liberté. Ils s'y rendirent au jour marqué, au nombre de dix-huit ou vingt ' : les Vénitiens , le prince d'Orange , les états de Hollande , le duc de Savoie , qui était enfin résolu d'entrer dans la cause commune, y assistèrent par députés. Les manisfestes qu'on eut soin d'y répandre, joints aux discours publics et particuliers de Boissise' et des autres agens de sa majesté , y produisirent un si bon effet , qu'on y délibéra publiquement d'arrêter les progrès de la maison d'Autriche , et qu'il fut résolu qu'on enverrait des ambassadeurs à sa majesté très -chrétienne , au nom des puissances assemblées , pour lui offrir toutes leurs forces et lui demander les siennes. Ces am- ' bassadeurs furent nommés , et partirent incontinent.
Henri venait de leur donner une première audience lorsqu'il vint à l'Arsenal m'entretenir de tout ce qu'ils lui avaient dit et offert , et praidre mon conseil sur la manière dont il répondrait à leurs propositions. Il me dit d'y penser attentivement pendant qu il allait dîner chez Zamet , et
' Voyez les noms de ces princes y le discours du sieur de Boissise, l'ordre et le résultat de cette asseoiblée, dans le volume 9665, manuscrits royaux; Mémoires d'état de Filleroi, t. 3, p. 23o et suivantes; Mercure français, année 16 10; Siri, ibid., t. /| , p. 68.
^ Jean de Thumery de Boissise.
qu'au sortir il reriendrait passer une partie de l'après'dinée avec moi, dans mon jardin, où il marquait le rendez-vous.
Nous n'y manquâmes ni l'un ni l'autre. En arrivant, fl me prit par la main, et, ayant fait écarter tout le monde, nous primes le chemin du bout de Tallée en terrasse, l'endroit le plus ordinaire de nos entretiens sérieux. « Hé bi^i, me dit-il, (c que vous semble de nos affîiires? car les uns a m'en parlent d'une façon , et les autres d'une « autre. » Le moment me parut &vorable pour l'affermir dans sa résolution. Je lui fis voir que ceux qui la combattaient y étaient sans doute poussés par des motifs secrets que je voulais ignorer ; puisqu'à prendre la chose par ces trois principaux points de vue , sa personne , les dispositions du dedans de son royaume et cdles du dehors , elle ne paraissait plus souffrir de difficulté : sa personne , parce que , sans vouloir le flatter , elle tenait lieu aux Français ^s plus grands hommes de guerre et d'état de son siècle , et qu'ime semblable école ne pouvait manquer de produire des hommes excellens dans l'un et l'autre genre , comme elle en avait déjà produit, qui lui aideraient à porter le nouveau fardeau dont il allait se trouver chargé ; les affaires du dedans , parce qu'il n'y avait ni princes, ni grands, ni villes dans son royaume, qui fussent en état, en moyens et en dis-