‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 148 sur 195 · LIVRE VIÎTGT-SEPTliME · texte numérisé non relu

LIVRE VIÎTGT-SEPTliME

fc peur que le contre-coup ne retombe sur vous , « car ce qui se fut fait facilement et à bon marché a dans ce temps-là, qui était peu après la récolte, « se fera maintenant très-diffîcilanent et chère* ^ ment , et qui plus est , je ne sais qui est celui «c qui sera assez hardi pour entreprendre de fourc nir de vivres une armée où il y aura plus de cent (c cinquante mille bouches à nourrir , et plus de « trente mille chevaux. Qui l'entreprendra ? inter- « rompit Henri. Ce sera vous , si vous ne voulez « me fâcher. J'aimerais mieux , Sire , mourir que « vous fâcher , lui répondis-je; mais vous ne devez ce pas non plus me commander des choses deve- <c nues impossibles, après que je les ai voulu faire a en leur temps. Ne parlons plus des choses pasff sées , dit le roi ; pensons à l'avenir. Il faut que « vous me serviez à cela , et qu'avec vos autres « charges vous preniez encore celle de surinten- « dant des vivres; et je vous en prie comme mon tf ami, car je sais que, si vous voulez faire comme « vous avez accoutumé , vous vous en acquitterez « bien. »

Je représentai à sa majesté, tout-à^fait sérieusement , que c'eti était déjà assez , et même trop pour moi, que d'être chargé du soin de l'artillerie , qui pourrait seul occuper quatre personnes entières , surtout çn cette conjoncture , et de celui de pourvoir à toutes les dépenses ordinaires de

Tétat, pour la maison de sa majesté, de la reine sa femme , et de ses enfans , pour ses fortifications , bâtimens et autres ouvrages publics , enfin pour tous ses gens de guerre , soit au-dedans , soit audehors du royaume. « Comment! me dit Henri, « vous me voulez refuser une chose dont je vous ff prie avec tant d'affection, et comme un ami « ferait un ami ! Vraiment , si vous ne le faites , « je croirai que vous ne m'aimez plus , et que « vous avez des desseins dont il y a long*temps « qu'on m'a voulu embarrasser l'esprit. Hé quoi ! c( Sire, repartis- je aussitôt, profitant de la parole (( qui venait de lui échapper , je suis donc si maltf heureux que , lorsque je me tue pour votre ser- « vice , pour votre honneur et pour votre gloire , (c vous retournez toujours, et sur les nloindres « suggestions, à la défiance et aux soupçons de « ma fidélité? Je vous avoue que cela me fait perce dre courage , et me fera mourir à la fin. Hé « bien! reprit ce prince, qui avait entrepris de me « livrer toutes sortes d'assauts, puisque vous le « prenez sur ce pied-là , je remédierai bien sans « grande peine à tant de sortes de difficultés; c'est « qu'il faut rompre notre voyage , passer le temps i< comme nous pourrons , et vivre en paix avec c< tout le monde, m'accommodant avec un cha- « cun , et les contentant à force d'argent ; nous en ff avons assez d'amassé, il le faudra employer à

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