LIVRE VINGT-SEPTIÈME
«cela. C'est bien penser, Sire, répondis - je ; et a pour mon particulier , cela m'exemptera de « beaucoup de chagrins , de veilles, de travaux, de a reproches et de dangers. »
Henri m'interrompit avec un mouvement de colère dont il ne fut pas le maître, et me reprocha que je devenais dissimulé. « Je sais, dit-il, que ce « que vous me dites est au plus loin de votre dé- (( sir et de votre pensée, et que vous seriez le plus « fâché, si nous ne faisions pas la guerre, dont il a y a si long-temps que vous me pressez. Oui , « Sire, il est vrai, répliquai-je , je vois les occaa sions tout-à-fait propres à acquérir de la gloire, « si votre inclination vous y porte , ce qu*il faut « pourtant faire semblant de ne pas voir , si vous a n'êtes pas disposé à les seconder par vousa même. » £t j'ajoutai que non-seulement ses desseins roulaient sur sa propre personne , mais encore qu'ils dépendaient si bien de lui, que , comme il pouvait tout pour le succès , il pouvait aussi d'un seul geste ou d'une simple parole échappée imprudemment les ruiner pour toujours. « £nc< fin, lui dis-je, après avoir cherché un températf ment qui put nous rapprocher, que votre ma- « jesté commette MM. Jeannin et Caumartin à la a surintendance des vivres , et je vous promets « de les assister de conseil , .. de travail , de créa dit, de gens et d'argent, comme s'il y allait de
366 MÉMOIRES 0£ STJLLT.
«c ma vie : mais si je Fentreprenais seul , jamais « vous ne croiriez que , les difEcultés vinssent « d'ailleurs que de négligence , ou du défaut d'atcc tachement de ma part. Or bien , reprit aussi <c Henri , je verrai ce qui se pourra faire ; mais si a les autres ne veulent pas l'entreprâGidre sans « vous 7 préparez -vous à y travailler conjointe- « ment avec eux , sinon je romprai mon voyage. » L'Oserai entra dans ce moment avec les lettres ; il reçut une verte réprimande de ne me les avoir pas apportées plus tôt.
Le roi ne cessa plus depuis ce moment-là de s'occuper presque uniquement de l'exécution de son entreprise. Les conseils qui se tinrent à ce sujet de là en avant se passèrent néanmoins dans un fort grand secret , et le plus souvent à l'Arsenal. Il y appelait toujours M. de Vendôme, qu'il prenait soin d'instruire dans toutes les affaires de l'état et de la guerre ; et comme il s'aperçut qu'il y avait quelque froideur entre ce prince et moi ^ il se proposa de nous rendre amis ; et voici la manière dont il s'y prit, ce On m'a rap- Xi porté , dit-il un jour ^ que mon fils de Vendôme « et le vôtre ne sont pas trop bien ensemble ; je « veux les raccommoder ; faites trouver votre fils « demain à huit heures dans votre cabinet , j'y « viendrai avec le mien, et je parlerai à tous deux « comme il faut. » Lorsque nous y fumes tous