LIVRE VINGT-QUATRiiME. 3n
sans que je fisse rien autre chose que de témoÎ!gner par un branlement de tête que je refusais ma voix.
Cependant il en arriva tout autrement : le conseil des Provinces-Unies ' reçut cette ouverture à bras ouverts , et consentit de donner en otage au roi six villes à son choix, moyennant qu'il leur fournît deux millions effectifs et certaine quantité de poudre, et qu'il favorisât comme auparavant leurs levées de gens de gueiTe en France. Buzenval étant revenu l'hiver précédent, comme je l'ai dit, signifier cette résoli^on, nos conseillers, dans l'embarras où elle les jetait , ne savaient plus que dire ni quel parti prendre , et je crois qu'alors, bien loin de les fâcher, je leur rendis un grand service, en montrant, comme je fis en plein conseil, combien précipitamment ils avaient formé leur première délibération. Je fis voir qu'il s'en allait de beaucoup que les différens secours que sa majesté accordait volontairement chaque année ^
' Od ne saurait douter que les Provinces-Unies n'aient eu alors bien véritablement le dessein, non-seulement de se mettre sous la protection de la France, mais encore de se soumettre à sa domination. Voyez-en la dél&ération dansYittorio Siri. [Ment, recond. t. i, p. 4id); na^is comme c'était la nécessité seule qui les y forçait, cette disposition était-elle bien sincère, et aurait-elle duré long-temps? Je crois que le meilleur parti fut celui que le duc de Sully fît prendre dans 1# conseil. «
38 MÉnfornR» de sully.
aint EtatR montassent à tine somme aussi consi*dérable que celle qu'il» demandaient; que les villes qu'on offrait n'étaient point, à bien l'examiner , une caution j$ûre de notre argent. Enfin je taxai, avec encore plus de satisfaction de leur part que de la mienne , toutes leurs raisons d'absurdité et d'ignorance. Ce conseil avait été assemblé extraordinairement , et il était composé du toi, de M. le comte de Soissons, du chancelier de Bellièvre, de Sillery, Ghâteauneuf, Villeroi, Château vieux, comme capitaine des gardes, et moi. Personne n'ayant rien répliqué, il ne fut pluà question de villes d'otage, et on s'en tint en gros aux premiers termes d'amis et d'a)lié& des Pro* vinces*-Unies , soit pour l'offensive, soit pour la défensive, dont le prétexte exprimé dans le traité ( car les États en voulaient un ) fut de les mettre en paix avec le roi d'Espagne.
Les Etats , à qui ce manège donnait beau jeu pour mettre le tort de notre côté, ne prirent point le change, et dirent résolument que, puisqu'on leur refusait l'argent dont ils avaient besoin , après le leur avoir comme promis , on les mettait dans la nécessité de faite la, paix avec leur climemi, et qu'on la verrait incessamment conclue. Ce n'était pas là le compte de sa majesté, qui s'était attendue à tenir encore long-temps les choses sur le premier pied, moyennant ses secours et son assis»