LIVRE VJNGT-SEPTli»IE
d'être un objet redoutable à la France, à quelque changement que celle-ci se vît exposée, soit par rapport à la famille royale , soit dans la forme de son gouvernement; mais je souffris plus qu'on ne peut dire, lorsqu'au lieu de s'arrêter aprè»»oes paroles, déjà si imprudentes, je le vis près de trahir le reste de son secret , en découvrant des particularités tout-à-fait essentielles. Il ne se souvenait pas qu'il tn'avait lui-même dit plusieurs fois, l'année précédente, qu'il était obsédé de gens qui lui tendaient sans cesse des pièges pour pénétrer le fond de son âme, et dont la curiosité sur ce sujet ne procédait que êriin très-mauvais motif.
Je pris la liberté de le tirer par son manteau , sans que personne s'en aperçût ; ce qu'il entendit si bien,t]u'il s'arrêta tout court, comme si le défaut de mémoire l'obligeait à s'interrompre luimême» « Ma mémoire , dit-il , devient la plus mau- « vaise du monde : j'oublie surtout presque tous « les noms des personnes, villes et pays. Je vous « prie , poursuivît-il en s'adressanl à moi pour « une chose qu'il avait déjà commencé à me de- « mander, de mé dressier par écrit des mémoires « de tous mes propres desseins , de leur cause , c( des expédiens propres à les amener à leur perte fection , et des dififérens discours que nous avons « tenus ensemble , à prendre, du plus loin qu'il
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« peut VOUS souvenir, afin que, m'en étant rafraî- <c chi la mémoire, j'en puisse mieux communi- (c quer avec ceux de mes serviteurs auxquels j'ai c< le plus de confiance. » il se tira ainsi adroitem^iit de la nécessité où il s'était mis de leur en dire davantage. Je lui répondis , au sujet des états qu'il me proposait , que je n'y manquerais pas ; mais que ce n'était pas un ouvrage ni si court , ni si facile , que j'eusse pu le satisfaire , ^i je n'en avais heureusement dressé les mémoires de longue main, et que je craignais encore avec tout cela que mon ouvrage ne fut défectueux du côté de tnille circonstances qu'on ne pouvait savoir au juste que de sa propre bouche, et sur- lesquelles il ne m'avait jamais parlé qa'à bâtons rompus. La conversation finit là.
IjC roi enuBcna à la chasse une partie des courtisons; et moi, je m'en allai ti'avsdller chez moi à rassembler et arranger nies recueils. Il y en avait de très-importans sur les finances , mais qui ne regardaient qu'indirectement les desseins de sa majesté. Je mis à part ceux que je jugeai à propos, et je retournai, six ou huit jours après, les porter au roî> auquel je dis , en les lui présentant, que ceux qui voyaient son projet d'un œil si chagrin seraient bien plus affligés encore, s'ils savaient ce que j'avais à lui montrer. «Gomment « donc! me dit-il, m'auriez- vous •caché jusqu'à