LIVRE VINGT-SEPTIÈME
a pilent quelque choa* d'important sur ce sujet? « Je ne le saurais croire. » le lui répoiylis qu'aussi cela n'était pas; mai$ que mille choses, dont à peine on se souvient lorsqu'on les a traitées séparément, et à mesure qu'elles se sont présenté^, avaient une tout autre force lorsqu'elles se trouvai^it rassemblées. Je lui laissai mes mémoires.
De ceux qui concernaient ses desseins, je ne lui avais aicore donné que les plus généraux. Lorsqu'il les eut examinés, il vint un matin à l'Arsenal, où s'étant enfermé avec moi dans mon cabinet : «J'ai lu et relu vos mémoires, me dit-il, « il y a plusieurs bonnes choses, faciles à enten- « dre et à exécuter ; mais il y en a d'autres où il « me semble qu'il y a beaucoup à redire, et où j'ai « peur que vous-même ne trouvassiez pas votre « compte. Je m'étais bien douté, Sire, lui répon- « dis-je , que vous me tiendriez ce laingage : j|e « vous prie d'attendre, avant dé m'en dire davan- « tage , que vous ayez vu deux autres états que « j'ai encore dressés; je m'assure qu'ils éclairci- « ront une bonne partie de vos doutes, et qu'ils «vous sâtfeferont. Ho bieni laissez-les-moi, re- (c prit4l, 2^ que je les voie tout à loisir, et puis « je vous en dirai mon avis. » Ces seconds mémoires ne contenaient en effet que des éclaircissemens, principalement sur les difficultés qu'on
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pouvait former, où le roi prendrait le grand nombre de soldats nécessaires à l'exécution de ses vastes desseins , et tout l'argent propre à les entretenir.
Le roi attendit impatiemment ce second écrit, et vint de même le recevoir chez moi. Il prit ses lunettes , qui étaient sur la table de mon cabinet, et l'ayant lu d'un bout à l'autre avec attention , il m'avoua que le mémoire que je lui avais donné huit jours auparavant lui devenait clair à l'aide de celui-ci , et qu'il commençait à bien espérer de la réussite en voyant des sommes si considérables, ou actuellement amassées, ou d'un recouvrement très-facile : a Car, pourvu que nous ne « manquions point d'argent, poursuivit-il, je sais « que. je ne manquerai ni d'hommes, ni de cou- « rage, ni de diligence. Ne le croyez-vous pas a ainsi? Oui, Sire, lui répondis-je, je le crois, et c< il n'y a rien de grand que je ne croie et que je (c n'attende de vous; mais voilà de quoi vous le « faire encore mieux croire,*» ajoutai-je, en lui montrant un dernier petit état écrit et signé de ma main , qui n'était qu'un simple bordereau des sommes d'argent actuellement dans ses coffres. Henri m'embrassa étroitement par trois fois lorsqu'il vit que le montant de ce petit écrit n'était pas moins que de trente-six miUions; et il le serra soigneusement. « Voilà deux états qui m'ont gran-