LIVRE VINGT-SEPTIÈME
(c dément soulagé l'esprit , dit-il en se levant : je (( vois donc le fonds de ma dépense assuré. Ne « croyez pas, Sire, lui répondis-je, comme il sor- « tait de mon cabinet, que ce soit là tout le fond « de ma science : en cas d'extrême nécessité , je « trouverai bien les moyens de vous en avoir en- « core autant, votre royaume étant si fertile et si « opulent, qu'il ne saurait être épuisé, pourvu a qu'il soit bien ménagé, et que les deniers qu'on tf destine à la guerre y soient uniquement em-. « ployés. » Au resrte, je crois devoir épargner à mes lecteurs l'ennui de voir ici tous ces états transcrits; j'en insérerai le précis dans l'exposition que je dois bientôt donner séparéipent .des grands desseins du roi.
Ce prince fit encore un voyage à Fontainebleau, au commencement de mars ; mais il n'y fut que quinze jours. Il revint incontinent à Paris ; et il paraît bien , par les lettres que je reçus de lui pendant ce temp-là, qu'il ne perdait guère de vue son projet, puisqu'elles ne contiennent que des détails de guerre. Il me parlait , dans l'une , des recrues des cinq compagnies du régiment de Piémont, mises chacune à deux cents hommes; dans une autre, d'une compagnie de chevau-légers , qu'il avait commandé à Soubise de faire , et pour laquelle il lui donna douze mille livres , qu'il m'ordonnait d'employer dans le premier comptant. Il
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me mandait une autre fois d'assembler le chancelier, Yilleroi et Jeannin, pour conférer avec eux de ce qui était nécessaire pour fournir de vivres toutes ses troupes , et de préférer les tpagasins le long de la Meuse à tous les autres. Une autre de ces lettres msu^uait l'ordre que ce prince croyait qu'on devait tenir dans les levées de soldats , leur enrôlem«]it, leur marche vers le rendez- vous, et autres détails de cette nature. Cette lettre me fut adressée, parce qu'elle avait été faite plus particulièrement à l'occasion des levées qui se faisaient dans mon gouvernement.
Je supprime, à mon ordinaire, quelques autres lettres pareilles à toutes celles des années précédentes, en ce qu'elles ne roulent que sur quelques petits patemens , et autres menus détails de finances; je n'en transcrirai tout entière qu'une seule ; c'est celle où le roi crut devoir répondre à quelques mots que j'avais laissé échapper sur le plaisir qu'il trouvait à chasser et à demeurer à Fontainebleau, ce Mon ami, je sais bien ce que vous « avez dit touchant ma chasse et mon séjoar en oc ce lieu; mais ne croyez pas que le plaisir que je a prends à l'un ^ à l'autre me détourne du soin ce de pourvoir k tout ce qui est nécessaire pour (c notre voyage et la composition de mon armée , <c en ce qui dépend de moi. Donnez seulement « ordre à l'artillerie et à l'argent, afin que rien n'y
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« manque, mais surtout aux vivres; car, puisque, c( suivant l'état que vous m'avez donné des ambas- « sadeurs quHl faut que nous envoyions , les pré- « siden^ Jeannin et Gaumàrtin doivent être du a nombre , c'est à vous à en choisir d'autres teb ' a que bon vous semblera , car je m'adresserai de ce tout à vous. Au surplus , j'ai pensé et repensé « au propos que vous me tîntes dernièrement « touchant ma femme, et une autre que vous savez, « et les promesses que vous désirée tirer de moi : « sur quoi je vous en dirai davantage lorsque je « vous verrai; ce qui sera* dans deux jours. Adieu, ff mon ami. De Fontainebleau , ce quinzième « mars. »
De retour de Fontainebleaii , Henri employa le reste du mois de mars et le mois d'avril entier à mettre la dernière main à tout ce qui restait encore à faire pour ouvrir la campagne; ce qu'il se disposait à faire tout le plus tôt qu'il pourrait. Il ne se passait presque plus de jours que ce prince ne vînt à l'Arsenal , et qu'il n'y demeurât enfermé pendant plusieurs heures. Le temps passait bien vite à discourir sur l'accoinplissement de ses grands desseins, et sur mille considérations qui se présentaient à faire à la veille d'upe entreprise si importante, soit touchant les affaires étrangères, soit par rapport à l'ordre qu'il était besoin de mettre à toutes les parties de l'intérieur, afin
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que l'absence de sa majesté n'y apportât aucun dérangement. Le roi m'avait &it &ire à cette intention un livre , ou long mémoire , sur la guerre et sur les a£Eaires de l'état, qu'il prenait plaisir à corriger de sa main , après .que nous en avions examiné chaque point.
Pour résider dans les différentes cours de l'Europe en qualité d'ambassadeurs ou de députa, pendant qu'il travaillerait à l'exécution de son dessein , il nomma les personnages sùivans : mon frère, pour Rome et les autres princes et républiques d'Italiii , qui ne s'étaieAt point encore déclarée pour la confédératj,on ; Bullion, vers les Vénitiens et le duc de, Savoie ; Caumarti^ , chez les Suisses ^ Grisons et leurs alliés ; Scbomberg , auprès des ducs de Saxe, de Bavière et de Brunswick, le marquis de Brandebourg, et les autres* princes et villes d'Allemagne , qui n'avaient point encore embrassé l'alliance ; Bongars , en Hongrie , Bohême et Transylvanie; Boissise, en Danemarck et Suède , et dans les villes situées sur la mei* Baltique; Jeannin, dans la Grande-Bretagne ' et les Provinces-Unies , et auprès des princes héritiers de Clèves ; Ancel , à Vienne et en Pologne ; Préaux, vers le» archiducs; et Mongks, à Constantinople:
Quant au gouvernement intérieur , la direction en fut destinée à la reine, avec le titre de régente, assistée d'un conseil, sans lavis duquel elle ne