LIVRE VINGT-SEPTlèME
gnance il s'était laissé aller à permettre que la cérémonie de la reine se fit avant son départ. Plus il en voyait approcher le moment, plus il sentait la frayeur et Thorreur redoubler dans son cœur,
« n'y a point de félicité au monde pareille à la vôtre ; vous « n'êtes qu'en la fleur de votre âge , et en une parfaite santé et « force dç corps, plein d'honneur, plus qu'aucun des mortels; a jouissant en toute tranquillité du plus florissant royaume du «( monde; aimé et adoré de vos sujets; plein de biens, d'ar* « gent, de belles maisons, belle femme, belles maîtresses, « beaux enfans, qui deviennent grands; que vous faut-il de « plus? ou qu'avea>*vous à désirer davantage? Il se mit lors « à soupirer, et me dit : Mon ami, il faut quitter tout « cela , etc. »
fi On observa, disent les mémoires de L'Étoile, qu'en la a largesse des pièces d'or et d'argent qu'on jeta au peuple, «( selon la coutume , on ne cria jamais ni vive le roi, ni vive la « reine..,. Je laisse ici, continue cet écrivain, les songes qu'on « dit que sa majesté et la reine aussi eurent cette nuit, dWe « maison qui tombait Sur lui dans la me 46 la Féronnerie, etc. « il est bien certain qu*iLy a environ six mois le roi étant obei « Zamet, et y ayant dîné, se retira dans une chambre seul, « disant vouloir r«poser , et y manda Thomaasin , qu'on tient
< un des plus célèbres astrologues de ce temps , et qu'on dit « mém« avoir un diable; et là, sa majesté Tayaut interrogé « de plusieurs choses concernant sa personne et son état,Tho- « maesin lui dit qu'il avait à se garder du mois de mai 1610 , « jusqu'à désigner le jour et l'heure auxquels il devait être
< tué. Mais le roi, se moquant de lui et de son astrologie, le « prenant, tantét aux cheveux et tantôt à la barbe, lui fit faire yt deux ou trois toivs de chambre, et le renvoya de cette fa- « çon ; en quoi il était louable : il l'aurait été encore plus de « ne le pas écouter du tout, et de bannir de sa cour et de son
388 MÉMOIRES DE SULLT.
Il venait TooTrir tout entier à moi, dans eet état d'amertume et d'accablement , dont je le reprenais comme d'une faiblesse impardonnable. Ses propres paroles feront ime tout autre impression que tout ce que je pourrais dire. « Ah! mon ami,
« royaume dé telles pestes. Année 1610. » Voyez aussi dans Mézerai, édition in-4*» ^ Paris , année 1667, tom. 3 , pag.1447, les differens pronostics de la mort de ce prince, qui conrarent, soit alors > soit depuis, dans le public.
Pierre Matthieu remarque que la reine, s 'étant réveillée la nuit, pleine d'agitation et de frayeur, dit au roi qui voulut eu savoir la cause : « Je songeais qu'on vous donnait un coup <c de couteau sur le petit degré. Loué soit Dieu, répondit '( Henri, que ce n*est qu'un songe. » Le même écrivain joint à toutes ces prédictions plusieurs paroles de Henri IV, comme autant de traits de ce pressentiment secret cpi'a le cœur d'une fatalité inévitable ; c'est ainsi du moins qu'on en juge après l'événement : telles sont celles-ci, qu'il dit à la reine : a Ma » mie , si cela se fait jeudi, je vous assure que, vendredi passé, '( vous ne me verrez plus : non, vendredi, je dirai adieu. » Une autre fois : « Passez, passez, madame la régente. » A la même qui se disposait à faire ses dévotions : « Ma mie, confessez- « vous pour vous et pour moi. » Aux courtisans en leur montrant le dauphin : « Voici votre roL » En parlant de l'entrée de la reine : « Cela ne me touche ; je ne le verrai pas.... Ne R rions pas tant le vendredi, car nous pleurerons le diman- « che, etc. » (Tome a, liv. 4» p^- 810 et suivantes.) Morisot remarque qu'au couronnement de la reine, le peintre, au lieu d'émailler 1 ecusson d'argent, comme le porte la maison de Médicis, le peignit, par ignorance, de eouleur de châtaigne, qui est la couleur des veuves ; et qu'au lieu de palmes , il le ceignit de cordes entortillées, autre marque de viduité. Heur, Mag, p. 5i.