LIVRE VINGT-SEPTIÈME
a nie disait-il , que ce sacre me déplaît ! Je ne sais « ce que c'est , mais le cœur me dit qu'il m'arri- « vera quelque malheur. » Il s'asseyait, en disant ces paroles , sur une chaise basse que j'avais fait faire exprès pour lui , et qui ne sortait point de mon cabinet; et, livré à toute la noirceur de ces idées , il frappait des doigts sur l'étui de ses lunettes en rêvant profondément. S'il sortait de cette rêverie , c'était pour se lever brusquement, frappant des mains sur ses cuisses , et pour s'écrier : « Pardieu! je mourrai dans cette ville, je n'ensorcc tirai jamais : ils me tueront ; je vois bien qu'ils ec mettent toute leur dernière ressource dans ma ff mort. Ah ! maudit sacre ! tu seras cause de ma « mort. Mon Dieu ! Sire , lui dis-je un jour , à « quelle idée vous livrez-vous là ? Si elle continue, « je suis d'avis que vous rompiez ce sacre et cou- « ronnemen t , et voyage et guerre : le voulez-vous ? fc cela sera bientôt fait. Oui, me dit -il enfin , a apjrès que je lui eus tenu ce même discours deux <c ou trois fois , oui , rompez le sacre , et que je « n'en entende plus parler ; j'aurai par ce moyen a l'esprit guéri des impressions que quelques avis oc y ont faites ; je sortirai de cette ville , et ne « craindrai plus rien. » A quels traits reconnaîtrat-on ce cri secret et importun du cœur , si on le méconnaît à ceux-ci ? « Je ne veux point vous cé- « 1er, me disait -il encore, qu'on m'a dit que je
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ce devais être tué à la première magnificence que (c je ferais , et que je mourrais dans un carrosse, et a c'est ce qui fait que j'y suis si peureux. Vous ne a m'avez , ce semble ^ jamais dit cela , Sire , lui réa pondis-je. Je me suis plusieurs fois étonné, en (c vous entendant crier dans un carrosse, de vous ce voir si sensible à un si petit danger , après vous (fi avoir vu tant de fois intrépide au milieu des <c coups de canon et de piousquet , et parmi les a piques et les épées nues. Mais^ puisque cette « opinion vous trouble jusqu'à ce point, en votre « place , Sire , je partirais dès demain ; je laisserais fc faire le sacre sans vous , ou je le remettrais à « une autre fois , et de long-temps je ne rentrerais ce ni dans Paris ni dans aucun carrosse. Voulez-vous « que j'envoie tout à cette heure à Notre-Dame et a à Saint^Denis faire tout cesser et renvoyer les « ouvriers ? Je le veux bien , me dit encore ce ce prince ; mais que dira ma femme ? car elle a « merveilleusement ce sacre en tête. Elle dira ce « qu'elle voudra , repris -je, voyant combien ma « proposition avait fait de plaisir au roi ; mais je « ne saurais croire que, quand elle saura la perce suasion où vous êtes qu'il doit être la cause de ce tant de mal, elle s'y opiniâtre davimtage. »
Je n'attendis point d'autre ordre pour aller donner celui d'interrompre les préparatifs du couronnement. Ce n'est qu'avec uft vséritabie regret