‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 162 sur 195 · LIVRE VIirOT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VIirOT-SEPTIÈME

que je me vois obligé de dire que , quelques ef* forts que je fisse , je ne pus jamais engager la reine à donner cette satisfaction à son époux. Je passe sous silence les sollicitations , les prières et les contestations que j'employai pendant trois jours entiers pour tâcher de la fléchir". Ce fut à ce prince à céder ; et comme , après tout , il était le premier , dans certains momens^ à se reprocher à lui-même ses frayeurs , il cessa d'en parler, et de m'en faire parler à la reine. Les ouvriers furent mis pour la seconde fois en besogne; mais Henii n'en revint pas moins fortement à ses premières appréhensions, qu'il m'exprimait ordinairemenf; par ces paroles-ci , qu'il avait souvent dans la bouche : a Ah ! mon ami , je tie sortirai jamais de (( cette ville ; ils me tueront ici. Oh, maudit sacre! « tu seras la cause de ma mort. » Je n'ai pas dû oublier ces paroles.

Il y a dans tout ceci quelques particularités plus secrètes que je crois devoir supprimer. Je pous* serais le silence beaucoup plus loin, si ce n'est qu'il me parait inutile pour les choses dont mes domestiques ou d'autres personnes ont eu queU que connaissance. Le fait suivant est dans ce genre. Schomberg , qui vivait avec moi dans une familia-

' Ceci détruit ce que Matthieu assure , contre le sentiment de tous les historiens, que la reine ne souhaitait point d'être couronnée. Ibid,, 804.

39^ MEMOIRES DE SULLT.

rite qui aurait presque pu le faire regarder comme de la maison , y étant un jour à dîner , un page vint lui apporter un billet, que je remarquai qu'il lui glissait par-dessous son bras avec un fort grand mystère. J'en badinai avec lui , comme si ce billet le convainquait d'une intrigue galante. II me répondit que, sans l'avoir lu, il croyait pouvoir m'assurer que ce n'était pas ce que je pensais; mais qu il me promettait que de quelque secret dont il fût question , il ne m'en cacherait rien. Le billet ne contenait que deux mots. Lorsqu'au sortir de table, il se fut approché d'une fenêtre pour le lire , il me le mit entre les mains , en me disant qu'il était de mademoiselle de Gournai, nom qui devait d'abord m'ôter tout soupçon de galanterie , si je la connaissais ; et qu'elle le priait qu'elle pût lui parler tout présentement pour une affaire de grande conséquence. Il me promit de revenir incontinent me dire de quoi il s'agissait; et il était en effet de retour au bout d'une demiheure.

Mademoiselle de Gournai avait appris d'une femme qui avait appartenu à madame de Yer* neuil' qu'il y avait actuellement une conspira-

' L'auteur veut parler de Jacqueline Le Voyer , du village d'Orsin, entre Ëpernon et Ablis, femme d'Isaac de Yarennes, écuyer, sieur de Coman, d*£scoman ou d'Ëscouman; c'est $QUS ce premier nom qu'elle est bien connue /et son histolrQ

Page 1