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reine d'assister à un spectacle qui lui perçait le cœur; mais aussi il comptait qu'après cela rien ne le retiendrait plus ; et il avait nommé, pour le jour de son départ , le lendemain même de cette fête , lundi 17 mai. Pour moi, je n'aurais pas attendu jusqu'à ce jour pour partir , si , dans le moment que je m'y préparais, une grande douleur que je sentis dans le cou et dans la gorge, causée par mon ancienne blessure , ne m'avait obligé de me mettre entre les mains des médecins , qui jugèrent à propos de me faire prendre le bain dans ma chambre , trois matins de suite. Je ne portais au-
suivant, était l'entrée de la reine dans Paris, dont la panipe devait encore surpasser celle du couronnement. « Henri IV « disait le mardi : J'irai coucher à Saint-Denis mercredi; j'en « reviendrai jeudi ; je mettrai ordre à mes affaires vendredi ; « samedi je courrai; dimanche se fera l'entrée de ma femme; a lundi les noces xle ma fille de Vendôme , mardi le festin, et « le mercredi à cheval. » (Matthieu, ibid,, p. 804.) Cet historien, parant de la cérémonie du couronnement, faite à Saint- Denis : ft Henri IV s'étonna, dit-il, de ce que l'ambassadeur « d'Espagne ne se découvrant point dans l'église. Cigogne lui <i dit que le feu roi d'Espagne ne faisait que tirer son chapeau « àrélé?ation, et le remettait incontinent, comme s'il eût salué '( un gentilhomme de cinq cents livres de rente. Et à cela le ft roi dit : Si nous avions le ressentiment de la religion tel que Cl nous le devrions avoir, nous apporterions bien plus de ré- « yèceno^ à ces mystères que nous ne faisons ; car il faut croire « que, depuis les paroles de la consécration prononcées, jus- '( qu'à la communion, Jésus-Christ est toujours présent sur -« l'autel. »
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cune envie à tous ceux qui , . £^ysu[it pu demeurer pendant ce temps-là à Paris, couraient avec empressement voir la cérémonie qui s'y préparait; la répugnance de Henri me Tavait rendue presque aussi odieuse qu'à lui-même. Le comte de Soissons trouva qu'on j avait manqué au cérémonial à son égard , et il prit ce prétexte pour se retirer de la cour mécontent'.
La cérémonie ayant été suspendue le vendredi i4 mai, jour bien malheureux! cet infortuné prince avait destiné d'en passer une partie à conférer avec moi : c'était la dernière fois qu'il pouvait le faire avant son départ. Je sais ce qu'il avait à me dire. On avait depuis peu fait courir malicieusement le bruit, que dans le temps qu'il paraissait ainsi prêt à fondre sur la maison d'Autriche avec l'appareil le plus formidable , il était , sous main , d'accord avec elle, non-seulement de ne pas passer plus avant, mais encore de trahir
' '( On parlait divarsement de cette retraite. Une diose est « bien certaine, que sa majesté, après lui avoir accordé tout « plein de choses contre son gré, lui manda que ce qu'il lui <( avait promis, il le tiendrait, mais qu'il s'assurât aussi de « n'avoir plus de part en ses bonnes grâces ; et que l'ayant concc traint de lui accorder ce qu'il ne voulait point, il ne le verrait <t jamais de bon cœur. Laquelle parole étant portée au comte, « il monta aussitôt à cheval, et avec madame la princesse sa « femme se retira dans une de ses maisons. » Mémoires pour servira r histoire de France, année 1610.
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pour elle ises. alliés^ moyennant qu'elle consentit qu'il. gardât pour lui-même Glèves et toute la succession qui avait été le sujet de son armement. On y joigaait une seconde condition , c'était que l'Espagne lui remît entre les mains le prince et la princesse de Condé'. Henri voulait me rassurer contre un; bruit si injurieux à sa réputation*. On lui avait encore fait ^entendre que je n'avais tant fait de difficultés de prendre la charge des vivres que parce. que je m'étais toujours flatté qu'il se porterait de, lui-même, et sans que je l'en priasse, à ériger en ma faveur la charge de maréchal-gé-»,
' Le nonce se trouvant à la. un fort pressé de sa majesté (qui «lui demandait ce qu'on pensait à Rome et en Italie de « la guerre qu'il entreprenait), il répondit que les plus avisés *i avaient opinion que le principal sujet de ses armes était ma* c dame la, princesse.de Çondé, qu'il voulait ravoir. Lors le « roi, tout ému, en colère, et jurant : Non, ventre-saint-gris, « mais un M... Je la veux ravoir voirement, et je la raurai; « personne ne m'en peut empêcher, non; pas même le lieute- « nant de Dieu en terre. » ( Mémoire pour servir à l'histoire de Fnmce, année 16 lo.) Ces paroles n'empêchent pas qu'on ne doive regarder cpmme une calomnie ce bruit, que quelques écrivains ont cru trop légèrement, que le principal objet de Henri rV, en commençant une guerre si importante, était de se faire rendre par l'Espagne le prince, ou plutôt la princesse de Condé; c'est cequî n'a pas, ce me semble, besoin de preuve. Cest une seconde accusation, plus injuste et plus calomnieuse encore, que de dire que ce prince était d'accord avec l'Espagne, de ne pas pousser plus loin son dessein, moyennant la cessrion qu'ellelui ferait. des états en litige.
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néral de ses camps et années , en grand oftce de la couronne, et à me revêtir de cette dignité. Il est absolument faux que j W jamais eu cette pensée. Les bontés et la confiance de ce grand roi , plus marquées encore dans les derniers jours de sa vie qu'elles ne l'avaient jamais été , me donnent la hardiesse d'avancer que , si cela eût été, il n'aurait pas voulu me mécontenter par le refus d'une &veur, qui, quelque grande qu'elle fiât, n'était pas la plus ccmsidérable de celles que de lui-même il m'avait offertes. J'ose encore assurer qu'il m'en jugeait capable. Ce qui est demeuré incertain pour moi, c'est de savoir s'il a eu réellement, sans m'en rien faire connaître, cette bonne volonté pour moi, et s'il n'en a point été détourné uniquement par l'adroite insinuation qu'on veut que mes ennemis lui aient &ite , que ma résolution était prise de quitter tout-à-fait le soin des finances pour celui de la guerre, sitôt que je me verrais élevé à cette éminente dignité.
C'était donc , comme je le présume , pour me faire de nouvelles instances au sujet des vivres , que Henri envoya le vendredi , dès le matin , La Yarenne me dire que je le vinsse trouver aux Tuileries, où il avait envie de se promener seul avec moi. La Varenne me trouva dans le bain ; et voyant que je voulais en sortir pour faire ce que sa majesté m'ordonnait , il m'en empêcha , en me
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disant qu'il savait , à n'en pouvoir douter , que le roi serait venu lui-même à TArsenal , pour peu qu'il eût eu connaissance de l'état où j'étais , et qu'il me saurait fort mauvais gré d'avoir ainsi exposé ma santé sans aucune nécessité. « Attendez , « me dit-il, que j'aie eu le temps de lui parler , et « de vous rapporter ce qu'il m'aura dit : je ne ferai a qu'aller et venir. » Il ne mit effectivement qu'une demi-heure à son voyage ; et voici ce qu'il me dit de la part de sa majesté : (c Monsieur, le roi vous « mande que vous acheviez de vous baigne»*, et « vous défend de sortir d'aujourd'hui , parce que « M. du Laurens lui a assuré que cela préjudiciea rait à votre santé ; qu'il a un petit voyage à faire a dans la ville , dont il vous parlera , mais que de- « main ' , sur les cinq heures du matin , il sera « sans Ëiute à l'Arsenal, pour résoudre toutes les « affaires avec vous , car il veut partir lundi , à « quelque prix que ce soit ; qu'il a trouvé que ce « que vous lui avez dit au sujet de son passage et « de tout le reste de son dessein est vrai , et qu'en- « fin rien ne peut l'en détourner que le défaut de « votre personne ou de la sienne ( ce sont les ter- « mes dont il se servit). Il vous ordonne donc, a continua Là Yarenne , de l'attendre demain , en
' Henri IV n'avait, en effet, intention d'aller à l'Arsenal que le lendemain matin; il changea malheureusement d'avis raprèfr-midi.
4o4 MEMOIRES DE SULLT.
«c robe de chambre et en bonnet de nuit , afin que ce vous ne vous trouviez pas incommodé de votre « dernier bain : il m'a même dit que^ s'il vous a trouve habillé, il se fâchera.» A quoi La Varenne ajouta encore de sa part, qu'il avait suivi mon avis, en faisant partir la lettre écrite à l'archiduc, quoiqu'il ne vît dans cette démarche qu'une formalité assez inutile, étant bien résolu, disait ce prince, de s'en faire croire d'une façon ou d'une autre. Mes domestiques m'ont dit qu'ils m'avaient tous remarqué, après que La Yarenne fut sorti de chez moi, un fond de tristesse dont ils ne comprirent point la cause, comme en effet elle n^en avait aucune.
Je venais d'entrer dans ma garde-robe, sur les quatre heures après midi , lorsque j'entendis .Castenet, et après lui mon épouse, jeter un grand cri, et dans le même moment demander où j'étais, et toute ma maison retentir de cette douloureuse exclamation : « Ah, mon Dieu! tout est « perdu ; la France est détruite. » Je sortis précîpitaminent, déshabillé comme j'étais. « Ah! Mon- « sieur , me cria-t-on de toutes parts , le roi vient a d'être dangereusement blessé d'un coup de couce teau dans le côté.» Il me fut .impossible d'eu douter, car je vis dans le moment même arriver Saint-Michel ' , qui avait presque été témoin du
' Saint-Michel était l'un des gentilshommes ordinaires de
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coup, et qui m'apportait encore tout sanglant le couteau qu'il s'était fait donner. « Ah ! m'écriai-je « en levant les yeux et les mains au ciel, dans une « confusion de sentimens inexprimable, voilà ce « que ce pauvre prince avait toujours appréhendé: « ô mon Dieu ! ayez compassion de lui , de nous « et de l'état; c'en est fait, s'il est mort; Dieu n'a « permis un si cruel accident, que pour déployer « toute sa colère contre la F*rance. Qu'elle va tom- « ber en d'étranges mains ' ! »
sa majesté qui avait suivi ce prince. Il avait déjà mis l'épec à la main pour tuer l'assassin, lorsque le duc d'Épernon lui cria, et aux valets de pied qui avaient la même pensée, qu'il y allait de leur vie : qu'on s'assurât de sa personne, mais qu'on se gardât bien de rien faire davantage. « Le duc se ressouvenait, « dit l'historien de sa vie/ du déplaisir qu'il avait ressenti, et « du blâme qu'on avait donné avec raison à ceux qui tuèrent « Jacques Clément, etc. » (Page 238. ) P. Matthieu ajoute que Saint-Michel se contenta d'arracher le couteau des mains de Ravaillac; que le comté de Curson lui donna du pommeau de son épée à la gorge, et que La Pierre, exempt des gardes , se saisit de lui et le mit entre les mains des valets de pied, qui le remirent à Montigny.
' « La nuit de cette triste journée , le roi ne put jamais «prendre aucun repos, et fut en continuelle inquiétude. Le « matin, s'étant levé, il dit qu'il n'avait pas dormi, et qu'il était « tout mal fait;.sur quoi M. de Vendôme supplia sa.majesié de « se vouloir bien garder, même ce jour, auquel on disait qu'il « ne devait pas sortir, parce qu'il lui était fatal. Je vois bien, «lui répondit le roi, que vous avez consulté l'almanach , et • ouï parler de ce fou, de La Brosse , de mon cousin le comte
4o6 MÉMOIRES D£ SUIXY.
« de Soissons : c'est un vieux fou; et tous êtes encore bien «jeune et guère sage; et sur ce, le duc de Vendôme fut « avertir la reine , qui pria le roi de ne pas sortir du Louvre . « le reste du jour : à quoi il fit la même réponse. » P, de L'ÉtoUe,
« Sa majesté alla ensuite ouïr la messe aux Feuillans , où ce <i misérable le suivit, en intention de le tuer, et a confessé dea puis que, sans la survenue de M. de Vendôme, qui Tem- « pécha, il eût fait son coup là- dedans. » Ibid.
« Fut remarqué que le roi avait beaucoup plus de dévotion « que de coutume, et plus longuement se recommanda à Dieu « ce jour même. La nuit , qu'on pensait qu'il dormait, il se mit « sûr son lit à prier Dieu à deux genoux, et dès qu'il fut levé, « s'étant retiré pour cet effet en son cabinet , pour ce qu'on « voyait qu'il y demeurait phis long-temps qu'il n'avait accoutt tumé, fut interrompu; de quoi il se fâcha, et dit : Ces gens-ci <t empêcheront-ils toujours mon bien ? » Ihid,
« A.près le dîner, le roi s'est mis sur son lit pour dormir; « mais ne pouvant recevoir de sommeil , il s'est levé triste, in- « quiet et rêveur , et a promené dans sa ohambre quelque ft temps, et s'est jeté derechef sur son lit; mais, ne pouvant « dormir encore , il s'est levé , et a demandé à l'exempt des « gardes quelle heure il est. L'exempt lui a répondu qu'il était n quatre heures, et a dit : « Sire, je vois votre majesté triste et « toute pensive, il faudrait mieux prendre un peu l'air, cela « la réjouirait. C'est bien dit : eh bien , faites apprêter mon « carrosse, j'irai à T Arsenal voir le duc de SuUy qui est indis- 1 posé, et qui se baigne aujourd'hui. » Ihid,
Matthieu rapportant ses discours avant et après son dîner : « Il ne se pouvait, dit-il, tenir en place, et beaucoup moins <i couvrir ses irrésolutions, en la diverse agitation desquelles, « il dit à la reine, qu'il ne savait que faire; qu'il était en peine « d'aller en l'Arsenal , parce qu'il se mettrait en colère. La « reine lui dit sur cela : Monsieur, n'y allez point, envoyez-y, « vous êtes en bonne humeur, et vous irez vous fâcher... Il