LIVRE VIirGT-S£PTlj;M
voyant qu'il était arrêté , et qu'il n'y avait personne à Tentôury s'avança du côté où il avait remarqué qu'était le roi, le manteau pendant sur l'épaule gauche , et lui servant à cacher le couteau qu'il tenait dans s^ main. Il se glissa entre les bou^ tiques et le carrosse , ainsi que faisaient ceux qui cherchaient à passer y et s'appuyant d'un pied sur un des rais de la roue, de l'autre sur une borne, il tira un couteau tranchant des deiix côtés, et en porta un coup au roi, entre la seconde et la troisième cote, un peu au-dessus du cœur. A ce coup. le roi s'écria : Je suis blessé; mais le méchant redoubla et le frappa dans . le cœur, selon Péréfixe, et selon Rigault et le Mercure français , proche l'oreille du cœur , dans la veine-cav« , qui en fut coupée; ce qui faisant jeter à ce malheureux prince le sang à gros bouillons par la bouche et par l'ouverture; de sa blessure, lui ôtalavie, sans qu'il pût. faire autre chose que pousser un grand soupir; ou, comme le dit Matthieu, proférer d'une voix éteinte ce peu de mots : Ce n'est rien. Le .meurtrier passa jusqu'à frapper un troisième coup, que Je duc de Montbazon reçut dans sa manche. Après cela,' il ne se soucia pas de s'enfuir ni de cacher son couteau; mais se tint là comme pour se faire voir et se glorifier d'un si bel. exploit.
« Les six seigneurs qui étaient dans le carrosse, en des- « cendirent incontinent, les uns s'empressant à se saisir du
< parricide, et les autres autour du roi; mais .un d'entre eux-,
< voyant qu'il ne parlait pojnt, et. que le sang lui sortait par. la « bouche , s'écria : Le roi est mort^ A. cette parole.il se fit un «grand tumulte, et le peuple qui était dans les rues se jetait « dans les boutiques les plus proches, les uns sur les autres , « avec pareille frayeur que si la ville .eût été prise d'ennemis. « Un des seigneurs (le duc d'Ëpernon) soudain s'avisa de dire « que le roi n'était que. bl.essé; et qu!iliui avait pris une fai- « blesse. On demande du vin , et tandis que quelques habitans « se diligentent den aller quérir, on abat les portières du « carrosse, et on dit au peuple que le roi n'était que blessé ^
4lO HitfOIRES ]>E SULLT«
« el qu'ils le remenaient vitement att Louyre pour ,1e bâte pan- « ser. » Mercure français,
« Je courus lors comme un insensé, et pris le premier cheval « que je trouvai, et je m'en vins à toute bride au Louvre. Je « rencontrai, devant l'hôtel de Longneville, M. de Belancourt « qui revenait du Louvre, et me dit : 77 esi mort. Je courus «jusqu'aux barrières, que les gardes-françaises avaient oc- « cnpées, et celles suisses, les piques baissées, et passâmes, « M. Le Grand et moi, sous les barrières, et puis courèmes ao « cabinet du roi, où le vîmes étendu sur son lit, et M. de Tic, « conseiller d'état, assis sur le même Ht, qui lui avait mis sa « croix de l'ordre sur la bouche, et lui faisait souvenir de c Dieu. Blilon, son premier médecin, était k la ruelle, pleu- « rant , et des chirurgiens qui voulaient le panser; mais il était « déjà passé, bien vimes^nous une chose, qu'il fit un soupir, « ce qui en effet n'était qu'un vent qui sortait. Alors le premier « médecin cria : jihl c'en estfaii, il est passé. M. Le Grand, ft en arrivant, se mit à genoux à la ruelle du lit, et lui tenait une « main qu'il baisait, et moi, je m'étais jeté à ses pieds, que je « tenais embrassés, pleurant amèrement. M. de Guise arriva « lors aussi, qui le vint embrasser. » Mémoires de Bassompierre. tome I , p. 297.
« La reine reçut dans son cabinet cette triste nouvelle, et, « toute émue , en sortit incontinent pour aller voir celui qu'dle « honorait le plus en ce monde, privé de vie. Mais M. lechan- « celier, qui était lors au conseil, où piu*eil avis était venu, « étant monté vers elle, la rencontra à la sortie, et i'arréta. « £Ue, dès qu'elle le vit, lui dit : Hélas! ie roi est mort. Lui , « sans faire semblant d'aucune émotion , lui repartit : Votre « majesté m'exeusetAy les rois ne meurent point en France^ « Puis, l'ayant priée de rentrer dans son cabinet, il lui dit : Il « faut regarder que nos pleurs ne rendent nos affaires déplo- « râbles; il les faut réserver à un autre temps. Il y en a qui « pleurent, et pour vous et pour eux; c'est à votre majesté de