LIVRE VINGT-QUATRIÈME
mer , nommé Heemskerk ^ , avec la qualité de vice-amiral , pour aller reconnaître cette flotte et l'attaquer. Avila était déjà plus fort que son adversaire de près du double, soit en vaisseaux, soit eQ hommes : il ne laissa pas de se renforcer encore de vingt-six. grands navires ou galions , dont quelques-uns étaient du port de mille tonneaux , et d'augmenter ses gens de' guerre jusqu'à trois mille cinq cents hommes; mais aussi avec ce renfort, il se tint si assuré de la victoire, qu'il se fit accompagner de cent cinquante gentilshommes , pour en être seulement les témoins. Au lieu cependant de prendre la pleine mer comme il devait le £Edre avec cette confiance, il se posta sous la ville et le château de Gibraltar , afin de ne combattre que quand il le trouverait bon.
Heemskerk , bien éloigné de tant de précautions, n'eut pas plus tôt aperçu que son ennemi paraissait le craindre , qu'il alla l'attaquer , et lui livra le plus furieux combat «dont on ait entendu parler de mémoire d'hommes : il dura huit heures entières. Le vice-amiral hollandais s'attacha tout d'abord à l'amiral espagnol, l'accrocha, et vint à l'abordage ; un coup de canon , qui lui emporta la cuisse dès le commencement de la mêlée , ne le laissa vivre qu'une heure, pendant laquelle, et jusqu'à une minute près de sa mort , il continua
' Jacob Heemskerk. .
4 2 MEMOIRES DE StJLLY.
de donner les ordres , comme s'il n'eût senti aa^ cun mal; et lorsqu'il se vit près de rendre le dernier soupir, il mit son épée entre les mains de son lieutenant, en lui faisant faire, et à tous ses gens, serment de vaincre ou de mourir. Le lieutenant fit passer- ce serment dans tous les vaisseaux , où l'on n'entendit que ce cri général, mort ou viotoire: Les Hollandais , demeurés enfin victorieux , trouvèrent qu'il ne leur en avait coûté que deux vaisseaux , et environ deux cent cinquante hommes. Pour les Espagnols , ils y perdirent seize bâtimens, trois consumés par le feu; le reste, du nombre desc^els était l'amiral , fracassés à coups de canon et coulés à fond. L'amiral Avila , treAte-cinq ca- j
pitâines de vaisseau, cinquante de ses gentils- I
hommes volontaires , et deux mille huit cents sol- | dats y perdirent la vie : action mémoraWe, qui non-seulemejlt coûta des larmes aux veuves et aux i
particuliers , mais encore pénétra d'horreur toute :
l'Espagne.
On peut' dire que c'était finir la guerre par un beau coup , car les négociations n'en furent past diàcohtinûéès ; elles n'en furent peut-être même poussées que plus vivement. On n'en parlait au commencement que comme de. moyens supposés par le marquis Spinola, oujtout au plus par l'archiduc , sans faire mention du roi d'Espagne ; et quelques-uns fiirent assez simples pour croîfe, sur