‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 174 sur 195 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

Je trouve une lettre, qu'il me fit écrire par Loménie, parce qu'il s'était, disait-il, légèrement blessé au pouce : elle est écrite de Chantilly, du 8 avril, mais sans date d'année; on ne sera pas fâché , je crois , de l'entendre parler luimême sur cette matière. Ce qui lui fit naître le dessein de la traiter , comme il me le dit luiméxne au commencement de cette lettre, ce sont tous les discours du public , qu'il se plaisait à se faire rapporter, en s'entretenant tous les jours &milièrement avec B,oqueIaure, Frontenac, La Rivière , du Laurens , d'Arambure , Morlas-Salette, Là Yarenne , Bonnières, du Jon , Béringhen , L'Oserai, Armagnac, Jacquinot,: Pérroton et quelques autres, * qui souvent s'acquittaient asse? exactement de l'ordre qu'il leur donnait de ne lui rien cacher de ce qu'ils entendaient dire contre lui.

Il rapporte donc d'abord que ses ennemis et ses envieux l'accusent de négliger et même de mépriser , ce sont ses termes , les grands et les plus qualifiés de son royaume, et de consommer en folles et inutiles dépenses l'argent qui , selon eux, aurait été mieux employé à leur accorder des gratifications ' . « Les uns , dit-il , me blâment

' « On dit, dit-il, que je suis chiche ; mais je fais trois choses « bien éloignées d'avarice; car je fais la guerre, Famour, et je « bâtk. »(Le Grain^ liv. 8.) « Aucuns l'ont estimé un peu bi/du

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^d'aimer trop les bàtimens et le& riches ouTra^es; « les autres, la chasse, les cbieûs et les oiseaux; <t d'autres, les cartes, les dés, et atitres sortes de a jeux; d'autres, les dames, la table, les assem'- « blées , la comédie , la danse , les courses de ba^ « gués , et autres divertissemetis dans ce genre ' , tf où , disent-^ls , on me voit encoi^ aussi gai avec « ma barbe grise , et tirant autant de vanité d'a- 4[ voir fait une belle course , donné deui ou trais ^ dédans, discutais en riant, et gagné tiive bagne « de quelque belle dame, que je ponvais faire en <c ma jeunesse , et que le jeone homme te plus << vain de la cour. Je ne nierai pas, poursttit^il ^ que <r dans lotit cela il n')r eàt quelque^ chose de vrai ; « mais il me semble aussi que, n'y faisant rim

« VÊénstffgt'f mm û9 sont oéax qui n'ottt p» sa les grandes né- «t cessîtés où il s'était trouvé, jusqu'à avoir pu dire , lors du « siège de Dieppe, qu'il était roi sans royaume, mari sans A femrhe , ef faisait la gterre sans argent. » Mercure français , année t6'fo,p. lâ^.

. ' « Datfi le9' festia» et dww le» carrousels i il voukôt i^a&tre >« aussi bon cqnipagnon et aussi adroit que pas un autre. Il « était de belle humeur le verre à la main; quoiqu'il fut asse% « sobre, sa gaîté ef ses bons mots^ faisaient la plus douce partie « dcf la b^iie chère. Il M fémoigitôit pad ifieins d'àA^ésse é< dé <« dateur am coi]d»âts à la barrière # atu^ cwtipses du bague», « et à toutes les galanteries, que les plus jeunes seigneurs : il « sef plaidait taéme «o bal, tt il dsnsak quékyaefcvii » mais, à « dire tvai « tyt^ plus d'ei^DfienMiit qi» de boaar gBàca i

ff avec excès , ce doit être plutôt im au jet de « WuaBge que de blâme pour iDoi; et en tout cas ^ ^ on doit xoe^ passer quelque chose daa» des dU « verlisseittens qui n'apporteot ni domma^ ni « ineommodité à mes peuples , p«r forme de Gom« « pensation de tant de travaux ^ de peines , de « fiiligues iBt de fiangers, par où. j'ai passé depui» « mon eufsuDce jusqu'à dnqutAte ans«..« Je tou» « ai ouï chre ^ ajmtte ce prince , knrsque quekqu un « blâmait vos actions», que l'Ëcriiure n'ordonne

• pas absolusfMmt de n'avcôr m péchés* ni dé* a fauts^ parce que ce sont dks^înârmîtés attachées <i h nâtune humaine , mais seulement de i^ pas « s'en laisser dominer , ni Icks laisser ré^er sur « noa i9olonté9 ; e'est à quoi je me $ui$ étudié , ne « pouvant faire mieai|[ \ yfnis«.«^ye?5, par beau* « coup de choses qui se sont passées avec mes tf nwiitresâes ( ce qui^ tout le monde regarde « eomme; celle de toutes lesi passions qui a le pluo

« d'enapÂf e sur moi ) ^ si je M( vous ai pas aou^

' « Je demande, disait ce princ^^, tous les jours trois (pâcofi « à Dieu : Tune qu'il lui plaise de pardonner à mes ennetnis; « raufre, dte flie donner victoire sur tnes passions, et Adtâm- «^actit sus kl 6»iisiialtté V Ia trôisIèiiM, de hïm tisér âe ï'stmé^ «rite qu'il m'a donnée, et de n'en abuser jamais. Je voudrais «tliim aitr# t(f([Vk'¥k àisetit, sgeomyt-il', pai*lairt des rernon- •trtiaoes tfoe hû fâis^aient quetqmfôî^ le9 pt^Iftts et arutre^ €^- «^désiastiquesrwai^il^nrpetisëiiff pm cfete je sadte UffU c€ « qu'ils font. » Matthieu, t. a , p. 838. « ."*

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« vent soutenu contre elles, jusqu'à leur dire, « lorsqu'elles faisaient les acariâtres , que j'aime- « rais mieux avoir perdu dix maîtresses, comme c elles qu'un serviteur comme vous; c'est ce que ec vous me verrez encore &ire, je vous en donne et ma parole , lorsque les occasions se présentec ront d'exécuter les glorieux desseins que vous « savez que j'ai depuis long-temps dans Tesprît: ff je vous ferai bien voir alors que je sais quitter « maîtresses, dùens, oiseaux, jeux, bâtimens « et festins, plutôt' que de manquer à acquérir « de l'honneur et de la gloire. Je mets ma prince cipale, après mon devoir envers Dieu, ma « femme, mes enfans, mes fidèles serviteurs et « mes peuples , que j'aime comme- mes enfans ' , <r à être tenu pour prince plein de foi et de pair rôle , etc. »

Mais il est temps de reprendre le désagréable récit de ce qui arriva après la mort de ce bon prince, quelque triste qu'il soit pour moi; ces mémoires ne doivent finir que là où j'ai cessé de prendre part aux affaires du gouvernement.

Dans le cruel abattement où me jetait la nouvelle de la mort du roi ; mon cher maître, je p«[i-

' « Je n'ai que deux.yeux et deux pieds, disait encore ce « bon prince, en quoi suis-je donc différent du reste de mes « sujets, sinon en ce que j'ai la force de la justice en ma di»^ « position? » Ibjd,

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