‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 176 sur 195 · LIVRE YINGT'HtJlTlÈME. 43S · texte numérisé non relu

LIVRE YINGT'HtJlTlÈME. 43S

Ce concert de discours , de billets et d'avis me frappa à la fin. Je m'arrêtai tout court; ^t, après avoir tenu conseil avecYitry, et dix ou douze des principaux de la troupe, je crus qu'il était plus sage de m'en retourner chez moi ; et je me con-

article. « On avait donné à la reine quelque ombrage du duc « de Sully, et on la conseillait de s'assurer de lui, parce qu'il « avait en main la Bastille , l'artillerie et l'argent du roi. Il « s'était baigné cp jour-là, et étant averti de oe malheureux « accident, monta à cheval pour aller au ]^ouvre, et étant à « la Croix du Tiroir, suivi de quarante gentilshommes, il eut « quelques avis qui le firent rebrousser. La reine, pour le faire « venir, lui envoya le duc do Guise, qui le trouva vers la « grande allée du jardin, dv côté de la Bastille , et lui dit le « commandement de la reine. Il pria de l'excuser, parce qu'il « était averti qu'on lui dressait quelque partie... La résolution « qu'il prit (avec le duc de Guise, le comte de Béthune et « quelques autres amis), fut qu'il aeheverût le reste du jour, « et que le lendemain il irait voir la reine; et le duc de Guise « lui pryuit de le venir prendre , et l'assura qu'il perdrait la « vie et celle de tous ses amis, premier que de souffrir qu'au- « cun déplaisir lui fut fait. Il retourna vers la reine, et lui « fit agréer les considérations qui retenaient le duc de Sully, « sous la parole qu'il avait donnée delà vaair voir le lendemain. «i Incontinent après, le duc de Sully entra avec bon nombre « de gentilshommes à la Bastille , où il avait fait porter tout « le pain qu'il avait trouvé chez les boulangers de Paris, etc. » (Histoire de Louis XIII, p. 2 et B.) Ajoutez à cela ce que dit le duc de Sully des avis qu'il recevait de toutes parts , que ce coup pouvait avoir de terribles suites, à quoi l'on ne s'atten* aait point; on trouvera peut-être qu'il n'y a eu que de la prudence dans ce ministre à en user ainsi, pour la tranquillité publique, et pour sa «àreté particulière.

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tentai d'envoyer offrir à la reine mon obéissance et mes services. Je la fis assurer en même temps qu'en attendant qu'elle me fît part de ses commandemens, j'allais toujours commence par veiller avec plus de soin qu'auparavant sur la Bastille, l'Arsenal , les troupes , lartillerie , et sur les affaires , soit de mon gouvernement , soit de mes autres emplois.

Je ne faisais qu'entrer dans la rue Saint- Antoine , et le gentilhomfme que j'avais chargé de ces massages ne pouvait encore s'en étre^ acquitté, lorsque j'en vis arriver un , de la part de cette princesse, qui me priait de venir le plus promptement que je pourrais au Louvre, et d'amener peu de gens avec moi ; qu'elle avait des choses de grande importance à me communiquer, et que je m'en reviendrais aussitôt. Cette proposition d'aller seul au Louvre me livrer entre les mains de Aes ennemis , dont il était rempli , n'était guère propre à me faire revenir de mes soupçons : ajoutez qu'on vint me dire en ce moment qu'un exempt des gardes et quelques archers avaient été vus aux premières portes de la Bastille , qu'on en avait envoyé d'autres au Temple, où étaient les poudres, et chez les trésoriers de l'épargne, pour y arrêter tous les deniers. Je tirai un si mauvais augure de ce que tout cela s'était fait saiis m'en donner avis, que je ne balançai poiiit sur la réponse que j'a-

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vais à faire à la reine. Je lui fis dire par son -gen* tilhomme que j'étais persuadé qiie , lorsqu'elle aurait entendu celui que j'avais eu l'honneur de lui députer, elle entrerait dans mes raisons , et changerait de sentiment ; qa'ainsi j'attendrais la répcmse qu'il devait m'apporter de sa part à l'Arsenal et à la Bastille, d'où je ne m'éloignerais point.

La reine ne s'en tint pas là. Elle me députa coup sur coup MM. deMontbazon, de Praslin , de Schomberg , La Varenne , et après tous ceux-là , mon frère. Je ne savais que penser des 'instances réitérées, en les voyant arriver tous à un quart d'heure V\m de l'autre; ma défiance en augmenta. Je résolus de n'aller point au Louvre de tout le reste du jour. Assurément l'état dans lequel j'étais pouvait tout seul me servir d'une bonne excuse. L'effort que j'avais fait, après le bain que j'avais pris le matin , et après un repas très-^léger , l'état démon esprit , plus cruel encore que celui de mon corps , tout cela m'avait causé une sueur dont j'étais pénétré , et une lassitude si grande , que je ne pouvais plus me soutenir ; ce qui m'obligea , lorsque je fus arrivé à mon appartement de la Bastille, où je me rendis, de changer de chemise et de me mettre au lit, où je demeurai jusqu'au lendemain. MM. le connétable et d'Épernon m'y envoyèrent visiter, et offrir leurs services. La manière dont ils me donnèrent le conseil d'aller voir la reine

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me feisant croire que je pouvais le faire sans risquer, et cette princesse m'en ayant encore pressé jiar de nouveaux courriers qu'elk m'envoya toute Taprès-midi , je passai ^ifin par^dessus la condi* tion qu'on y mettait toujours, que ce serait avec peu de personnes k ma suite , et je résolus d'y aller le lendemain.

Trois cents personnes à cheval attendaient dès le matin le moment de ma sortie pour m'accompagner comme la veUle. C'étaient ou des parens , ou des amis , ou des gens qui , n'étant ni Tua ni l'autre , paraissaient attachés à moi par l'apparence d'une nouvelle faveur , peut-être par la honte de s'en détacher trop tôt. Je les remerciai tous, et leur fis entendre les raisons que j'avais de ne me faire escorter d'aucune personne tant soit peu remarquable y et de me restreindre au petit nombre qui composa^!: taon train ordœaire. Ce fut donc avec mes seuls domestiques , au nombre d'environ vingt, que j'arrivai au Louvre* En y entrant, je n'aperçus de marque d'une douleur sincère que dans ceux qui étaient attachés par qifêlque emploi à la personne du roi. Pour ceux-ci, officiers et subalternes , ils paraissaient tous sentir vivement la perte publique. Â mesure que je passais les différentes portes , je les voyais s'avanter vers moi les larmes aux yeux pour m'embrasser ou gémir en ma présence : « Hélas! Monsieur, s'écriaient-

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(( ils , nous avons tout perdu en perdant notre bon (c maître. » Et ils me conjuraient avec une véritable efiusion de cœur de ne point abandonner les enfans après avoir, disaient-ils, si bien servi le père.

Mais il s'en fallait de beaucoup , je suis obligé de le dire , que l'intérieur du palais , et ce qu'on appelle la cour , me présentât le même objet. Je nevis ou que des visages composés, qui m'affligèrent d'autant plus , qu'ils s'efforçaient inutilement de me paraître affligés , ou que des visages si gais , qu'ils me firent joindre l'indignation à la douleur. Lorsque je me trouvai en présence de la reine , le peu de constance dont je m'étais armé m'abandonna si absolument, que j'éclatais en cris et en sanglots. Elle ne retrouva plus elle-même oette £oroe avec laquelle elle s'était préparée à me recevoir , et nous fîmes ensemj^le une scène qui dut paraître bien touchante. Elle me fit apporter le roi, dont les embrassemens et les caresses furent un nouvel assaut auquel mon cœur eut bien de k peine à ne pas succomber. Je nesae souvieBS plus, ni de ce que me dit ce jeune prince , ni de ce que je lui .dis moi-même en ce moment. Je sais seulem^it qu'on eut beaucoup de peine à me i'ariiiicher d'entre les bras, (suât je le tenais étroitement serré : « llifon fiU , lui disait la reine sa mère « pendant ce temp^là , c'est M. de Sully ; il le faut

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« bien aimer, car c'est un des meilleurs et des « plus fidèles serviteurs du roi votre père ; et je le « prie qu'il continue à vous servir de même. » Nous tînmes quelques autres discours , cette princesse et moi , sans pouvoir trouver le moment d'essuyer nos larmes. £Ue a dit depuis que j'étais , avec une autre personne de la cour, celui dont la vue l'avait le plus attendrie.

Une réception si remplie de marques de distinc*tion et de confiance mit tous les princes , les seigneurs et les membres du conseil qui étaient aux côtés de la reine dans la nécessité d^enchérir les uns sur les autres en protestations d'amitié, de service et d'attachement. Ils ne me trompaient pas assurément,car jeconnaissais leur intérieur comme eux-mêmes. Je savais déjà que, dans le projet qu'ils avaient formé de profiter de la conjoncture présente pour augnurater en biens et e|i dignités » aux dépens même de la gloire de l'état, de l'honneur du roi et de l'utilité publique , je devais œlattendre à être en butte à tous leurs coups, pa«ee qu'ils s'attendaient eux-mêmes à ne trouver d'obstacle que dans la fermeté de mon esprit et dans la sévéïité de mes r^Lemens. Us en avaient assez d'exemples pour ne pas douter que le smiI parti qu'il leur restât k prendre était de chercher à m'6ter tout-à-fait l'administration des affaires. Ainsi, lorsqu'on fit jouer dans la suite les grandes bat-

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