‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 177 sur 195 · LIVR£ VINOT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVR£ VINOT-HUITIÈME

teries pour me mettre mal dans Tesprit de la reine , supposé qu'on n'eût pas déjà commencé ; lorsque les jésuites et leurs adhérens firent agir le nonce pour prononcer l'arrêt de mon éloignement; lorsque mes confrères dans le conseil et les fihances^ mirent en œuvre Conchini et sa femme pour insinuer aux deux princes du sang qu'ils n'auraient jamais de véritable autorité tant que je serais à la tête des affaires ; mais qu'elles ne pouvaient m'être ôtées que pour tomber entre leurs mains ; lorsqu'on eut fait goûter à tous les autres que dépendre de Conchini était être véritablement maître ; enfin , lorsque je vis tout le monde travailler avec une égale ardeur à préparer ma chute , il n'arriva rien que je n'eusse prévu et prédit

Le premier acte du parlement , sitôt qu'il eut vu le roi mort , ayant été de déférer la régence à la: reine-mère , on jugea nécessaire que le roi y allât en personne tmiir son lit de justice, et confirmer cette nomination \ La matinée du lendemain de la mort du roi ayant été choisie pour cette

' Voyez Tordre et le détail de celte cérémonie dans le Mercure français et les historiens, année 1610. Bans le conseil qili fot assemblé pour savoir si la reine devait aller au parlemeni^, le duc de Sully se contenta de dire simplement : « Que , n y « ayant point de loi qui défendît à la reine d'aller au parle- « ment , il était ii^dinerent d'y aller ou de demeurer. » Jftfar- ^hieu , ibid, p. fy, -^

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cérémonie , je fus encore prié , dès la pointe du jour , de la part de la reine , d y accompagner sa majesté, l'apportai toutes sortes d'excuses pour m'en dispenser ; je feignis même de me trouver sî mal ) qu'il m'était impo^ible de me lever de tout ce jour-la : je sentais une extrême répugnance pour ce qu'on exigeait de moi. Il £dlut pourtant encore avoir cette complaisance^ la reine m'en ayant fait faire instances sur instances. Ne trouvant que de nouveaux sujets d'amertume et de serrement de cœur dans le son des tambours et des instrumens , et jugeant qu'un visage baigné de pleurs figurait mal avec les cris de joie et d'allégresse dont tout retentissait, je perçai la foule , et vins des premiers dans la salle des Augustins, où se tenait le parlement.

Deux ou trois cardinaux ayant voulu , comme moi, éviter la presse ^ s'étaient rendus avant les autres dans la salle , où ils allèrent s'asseoir sur le banc destiné aux ecclésiastiqiies , a» coté gauche du tr^e préparé pour sa majesté , dont ils prirent le haut bout. Les évéques de Langres, de Beauvais et de Noyon survenant ensuite , ces messieurs , dont la chimère ^est que leur qualité de pairs leur donnait droit de précéder dans le parlement princes et cardinaux , n'eurent garde de se ranger au-dessous de ceux-ci , qu'ils voyaient placés : ils passèrent au côté drdit , et se mirent

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au plus haut du banc. Je les y trouvai en arrivant, et leur dis fort doucement qu^îls n'étaient pas à leur place , et que je leur conseillais , comme leur ami^ de passer. du côté gauche, parce qu'ils ne de* vaient pas s'attendre que quantité de pairs laïcs , qui allaient entrer dans le momoit , leur laissassent tranquillement la main droite. Ils commen* cèrent à vouloir m'étourdir de leur distinction ordinaire de pairies de première érection et de pairies ecclésiastiques, qui, selon eux, les mettent beaucoup au-dessus des nouveaux ducs. La con«* testation ne fut pas longue de ma part ; je leur dis seulement qu'ils allaient bientôt trouver à qui parler : ce qui ne manqua pas. La décision qu'on fut obligé de porter sur l'heure , les condamna à laisser le banc droit aux pairs laïcs , et à passer à cdui des clercs , du côté gaiiche , où les cardinaux n'étant pas phia d'humeur de leur céder, ils aimèrent mieux sortir tout-à-fait et ne point assister à la cérémonie. Je n'y pris pas plus de part qu'eux , quoique présent. La reine dut être fort contente ' ; tout lui fut accordé , sans même recueillir les suffrages.

Je ne fus pas k>ng«temps sans m'apercevoir que, quoiqu'on affectât à l'extériettr de ne négliger aucune des formalités qui s'observent ordinaire-

' Voyez sur Tordre de cette cérémonie les historiens cidessas.

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ment dans l'établissement d'une légitime régence, quoiqu'on voulût faire passer le diangemeiit qu'on commençait à laisser apercevoir dans l'administration, pour l'effet commun et nécessaire d'une mutation de gouvernement ; enfin que , quoiqu'on s'étudiât à faire entendre que ce gouvernement n'avait pour objet que de donner plus de force et de lustre à l'autorité d^un roi enfant , ceux qui faisaient agir la reine ne songeaient pourtant réellement qu'à travailler sous ce masque pour leur compte. Toutes ces apparences de régularité s'évanouissaient lorsqu'on les regardait d'un peu près, et ne laissaient plus voir que des manquemens réeb à l'ordhre et à la forme, qui effrayaient le petit nombre de j»ersonnes bien intentionnées. Je crus être dans l'obligation, et en quelque sorte encore en drcnt de faire sentir que je voyais l'abus, et que je ne l'approuvais pas; mais le temps des libres remontrances, que le deuil du premier jour de la mort du roi, et l'embarras du second avaient laissé subsister, était déjà presque passé dès le troisième. On secoua en aussi peu de temps le joug de la contrainte , des dehors composés , et d'une montre de douleur dont le cœur avait trop à souffrir. La stupidité, au dé&ut de véritable sujet de joie, produisit cet effet dans quelques-uns ; dans quelques autres , ce fut la légèreté; dans d'autres, le

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