LIVRE VINGT-HUITIÈME
simple mouvement clés affaires publiques ou par» ticuUères ^ et surtout Ja crainte de déplaire à des personnes dont l'exemple est fait pour donner le ton à toute la cour.
Yoici donc quelle fut , après les trois premiers jourà , la face de ce nouveau monde. A s'arrêter au simple dehors, et à tout ce qui est fait pour attirer les yeux , rien n'aurait paru changé au Louvre; la pompe lugubre y paraissait avoir rafiSné sur tout; Les tentures , dont les murailles , les plan«chers et les plafonds étaient couverts , les meubles et tous les autres instrumens d'un deuil public auraient pu faire regarder les appartemens de parade de ce palais comme le séjour même de la tristesse et le domicile de la mort. La chose commençait à paraître un peu plus douteuse lorsqu'on passait de là à envisager le maintien des personnes destinées à faire les honneurs de cette triste cérémonie ; car , si parmi eux l'on voyait encore pousser de sinc^es gémissemens , et verser de véritables larmes , il n'y avait que trop d'ailleurs de quoi former et faire sentir le contraste. Mais si de là on descendait dans les appartemens de dessous, qu'on appelait les entresols^ c'est en ces endroits qu'on pouvait prendre une véritable idée de la disposition des cœurs et des esprits. La magnificence, bannie de tout le reste du palais, en. avait fait son asile. L'or , la pourpre , la broderie y les
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omemens somptueux en faisaient un lieu de dé- . lices ; le luxe y était dans toute sa profusion. Je ne pouvais y entrer , moi et un petit nombre de vrais Français , sans sentir déchirer mon cœur du plus violent dépit, de voir quels objets on substituait ainsi à celui de la perte publ^ue. J'ai honte de dire que tout l'artifice dont on usait , pour dérober aux yeux du public ce spectacle d'insensibilité et d'ingratitude, ne se décelait que trop souvent par les éclats de rire, par les épancbemens de joie , les chants d'allégresse , qu'on entendait partir de ces endroits; aussi n'étaient-ils remplis que de gens heureux , on qui croyaient l'être. C'est là que résidait la vraie cour , et que se tenaient les conseils , soit g^stéraux , qu'on donnait encore à la coutume et à l'apparence, soit cachés, où l'on savait bien détruire tout ce qui pouvait encore être pris de bofanes résolutions dans les premiers.
La reine ne faisait entrer dans ces consuls secrets , qui se tenaient aux heures les plus indues , que Conchini et sa femme, le nonce du pape, l'ambassadeur d'Espagne , le chancelier et le chevalier de SîUery , le duc d'Épernon , Villeroi , Jeannin et Arnaud, qui, pour être à moi, n'en était pas moins , aussi-bien que Jeannin , tout entier à Conchini; le médecin Duret, qui pourtant perdit bientôt cette faveur ; DoUé et le P. Cotton. On n'est