LIVRE VINGT-HUITIÈME
bien qu'il ne se ferait écouter qu'autant qu'il saurait rendre son parti considérable, et il se contraignit pour cet effet jusqu'à rechercher beaucoup de personnes à la cour avec lesquelles il n'avait aucune liaison. Deux choses l'empêchèrent d'y réussir; son humeur froide et dédaigneuse , et la préférence que les courtisans crurent devoir donner sur lui à ceux qu'on voyait en figure de dis-« poser bientôt des trésors et des grâces. Tous les princes, et son propre frère, M. le prince de Conti y' ne l'aimaient pas plus que les autres. Il se vit donc obligé de plier.
Je fus l'un de ceux dont le comte de Soissons voulût bien pendant quelque temps se dire l'ami ; mais il fit bientôt succéder à ce nom tous les procédés d'un ennemi véritable. Voici à qudle occasion cela arriva. M. le comte était souvent revenu à la charge, du vivanjt du feu roi, pour une affaire dont j'ai déjà touché quelque chose ; il s'agissait d'engager sa majesté à transiger, avec lui sur certains droits qu'il prétendait devoir lui revenir en Piémont, du chef de sa femme, de la maison de Montaffié. Henri, extrêmement importuné sur cette affaire , me l'avait remise à examiner; et la profession que j'ai toujours faite d'être aussi sincère qu'attaché aux intérêts du roi m'avait obligé de lui représenter que ce marché ne lui convenait point; qu'il allait
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s'engager dans des procès sans fin et sans nombre contre le pape , la chambre apostolîqv^e , plusieurs cardinaux et le duc de Savoie, lesquels avaient tous des prétentions sur ces bien^, et qui^ pour la plus grande partie , eU étaient déjà ett possession; qu'il ne sortirait de dix an3 de ce labyrinthe , et qu'ayant surtout à ménager le pape et le duc de Savoie , pour la réussite de ses grands desseins , il devait éviter d'entrer dw^ \me dis-^ cussion qui les r^drait ses ennemie. Il n'en fallut pas davantage pour que HenH n'y pensât plus.
Le comte ne vit pas plus tôt ce prince ni€>rt, qu'il reprit le dessein interrompu £luprès du nou"» veau conseil. Dans une affaii!è du geqr^.de cdles qu'on regarde assez pomn^unémèiit. comme af-* faires de faveur, il ne lui fut p^s difi^çile de former une brigue^ qui lui fit obtenir ce, qu'il demandait J'ai quelque peine À rappoft^r les moy^is dont on se servit. Le comte , aidé de Gonchini , sut con<* trefâire le seing et appliquer, la sceau du feu roi , et il donn^ de cette ipaiiière. la forme la plus authentique à un prétendu contrait de vente eutre le feu roi et lui^ de tçus le^ bi^ôuâ en. question. Pour rendre la pièce moins ^ suspecte d'antidaté, on jugea nécessaire, que mpQ npm y p^U:ût'#.ife qui obligeait à requérir jim sigpafctire^ et ce fut là la grande difficulté. On me représenta l'occasion