‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 183 sur 195 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

maison de Guise. « Il ne devait pas récuser M. de « Sully, dit la reine, en prenant la parole tout « haut, car personne n'avait opiné si fort que lui « à son avantage. » Je l'avoue , je fus vivement choqué de ce trait, et je ne pus m'empécher de dire en me levant : « Madame, je me récuse moi- « même , puisqu'il le désire , et je m'en vais de ce « pas m'offrir à M. son frère et à M. de Guise; ce « que je fis en effet. »

Un troisième sujet de brouillerie avec le comte de Soissons m'arriva, comme le précédent, dans le conseil , au sujet du gouvernement de Normandie, qu'il voulait se faire accorder. La reine m'en ayant demandé mon avis , je la sup^ai de me dispenser de le donner. Mon excuse n'ayant point été reçue, je dis qu'il m'était impossible de conseiller d'ôter aux enfans du feu roi une charge dont ils étaient en possession pour en revêtir quelque personne que ce pût être. Ce prince n'était phis dès-lors aussi bien avec Conchini qu'il l'avait été ; il s'était-méme opposé à ce que ce favori obtint la charge de premier gentilhomme de la chambre pour lui, et l'archevêché de Tours pour son beau-frère ^ Cette occasion les raccom-

' Etienne Galigaï, frère de Léonore Galigaî. Il était déjà abbé de Marmoutiers. « Il apprenait, dit l'Etoile, à lire depuis « quatre ans, et n'y pouvait encore mordre : on l'appelait le « magot de la- cour, à cause de sa laideur et de sa mauvaise

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moda , parce qu ils se prêtèrent tous deux la main, et qu'ils obtinrent par ce moy^i ce qujls demandaient C'est ainsi que tous ceux qui avaient quelques prétentions aux charges et aux emplois vacans en. usèrent dans la suite , et tout s'obtint bientôt aux conseils par la brigue et la cabale. n. Le temps des rois est passé , se disàit-on les uns « aux autres ; cdui des princes ek des grands est ce venu. Il ne faut que se faire bien valoir.. j» .

Tout ce qu'il , y avait de personnes ^ considérables à là èour fut appelé pour délibérer dans un conseil extraordinaire, sur ce qu^on devait faire des grands armemens du feu roi pour l'entheprise de Clèves. La diversité, des opinions y fut infinie.: il y en eut pour se désister de tout ; il y en eut au contraire ( ce ne fut pas les plus nombreuses) pour tenir aux princes allemands intéressés dans cette affaire tout ce que Henri leur avait proinis. Le plus grand çombre fut poulr les tempéramens entre ces deuxavis si-contradictoires. Les 4ms voulaient qu'on s'en tînt aux. seuls^fauit

« mine. Les moines n'en voulaient point pour abbé , disant <i (Qu'ils avaient accoutumé d'étt^e commandés par des priiices, n et non par des menuisiers, comme celui-ci y qu'on avait vu À itianier le ràbdt. Mais il est constant , dit Tauteur y . que la « famille de Galigdï est du corps 4es nobles d^.Ktorèncê. » Il se retira en Italie après la mort; du maréchal d'Jknctt et de sa femme. ... . .

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miUe hommes d'infaDterie et deux mille chevaux, que portaient les conventions générales de ce prince avec ses alliés ; les autres qu'on se contentât de leur eptreténir lés deux seuls régimens de cavaleiie française qu'ils avaient. Un tiers x>pinait pour anbarquér qudique6 fantassins à Calais; ceux-ci , qu'on ne donnât àucua secours en hommes, mais seulement ^n argent; ceux-là, qu'on tint notre armée entière sur la frontière sans agir, excepté le cas de betoih ; et <l'autres qu^on exk licenciât le gros, et qu'on n'y fit demeurer que ^ qui. serait nécessaire pour tiotre propre sûreté. Tout cela fut eùtremélé d'ouvertures d'accord et (le padficatipn eaitre les puissances con tendantes, telles qu'on peut se le6 imaginer.^

Il me parut que tout le monde attendait avec quelque impatience quel allait être moti sentiment, parce que j'avais été mêlé par le feu roi dans cette slffaire plus qu'aucun de ceux à qui il en avait fait part Je commençai par faire une distinction ^ qui nie parut juste , entre les troupes actuellement assemblées en corps d'armée , et celles qu'on ne fidsait encore qiie lever; entre celles qui avaient été destinées pour la Champagne, et celles qu'on avait ejavoyées eh Dauphiiié. Je conclus, pour le premier, que la {>lus grande partie des desseins dé Henri le Graiid, devant, selon toutes les âppar^ces , demeurer sans exé-

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Giition , dans la situation où je voyais les choses, il fallait d'abord surseoir toutes les levées non commencées, arrêter celles qui se faisaient, payer et congédier celles qui étaient faites , et déjà en marche, parce que, tout cela ne pouvant man* qiier d'arriver tôt ou tard, ce serait autant d'argent épargné au roi en frais d'allées et de renvois , et autant de peines et de vexations ôtées au peuple. La mort de celui que je regardais comme le grand mobile de toute cette entreprise me paraissait y opérer un changement si considérable, qu'en supposant même tous les esprits bien intentionnés , je crois que je n'aurais pas laissé d'être de cet avis. Mais je ne m'accommodais pas non plus du sentiment de ceux qui voulaient que nous trahissions des alliés avec lesquels nous ^étions engagés par les plus solennelles promesses ; que. nous les trompassions par d'apparentes démarches de médiation , ou par de si faibles secours , qu'ils ue leur servissent presque de rien.

C'est la réponse que je fis à la plupart de ces opinions ambiguës qui demandaient qu'on fit et qu'on ne fît pas. Je £3 voir qu'il importait à la gloire du feu roi que, si s^ intentions ne s'accomplissaient pas sur de plus grandes vues, i qui, en quelque manière , donnaient Picore lieu de douter s'il les avait eues véritablement , elles eussent du. moins tout leur effet par rapport à ce. qu'il

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