LIVRE VlNGT-nUlTlÈME
engagemens avec l'Espagne , et s'était même déclaré ouvertement contre cette couronne*, sur ls& seules promesses et à la persuasion du feu roi; que le moins qu'on pouvait faire pour lui, puisqu'on avait pris d'autres vues, était de l'en avertir, et en même temps de cacher soigneusement cette démarche au roi d'Espagne , et même de lui faire croire le contraire, jusqu'à ce que , par des moyens, efficaces d'une réconciliation générale, nous eussions au moins sauvé du danger ceux qui ne s'y trouvaient qu'à cause de nous. Comment ne pas se rendre à des raisons si justes , et pour le moins ne pas suivre le temp^ament que mes dernières paroles avaient ouvert? On ne fit cependant ni
' Par le traité de Brusol, qui venait d'être conclu le aS avril: * voyelle dans les Mémoires de Neyersy t. ft, p. 880. Le duc de Savoie, abandonné par le nouveau conseil de Fraiice, n'évita le ressentiment de l'Espagne que par une démarche des plus humiliantes auxquelles une tête couronnée puisse être réduite. Son fils vint se jeter aux pieds du roi d'Espagne, en le suppliant de prendre le duc son père et toute sa maison sous sa protection royale. Il lui dit qu'il embrati^ait ses genoux, qu'i) avait recours à sa clémence, et qu'il lui demandait pardon avec tpute sorte de soumission des fautes qu'il avait commises envers lui, etc. Siri se trompe assurément, si c'est par de pareils traits qu'il prétend nous faire admirer la politique du nouveau conseil. Il faiU être au$si provenu que l'^t cet écrivain contre la personne dç Henri IV et contre le duc de Sully, et aussi grand partisan des Espagnols, pour approuver des procédés si éloignés de la droiture et de la générosité dont l£f France a toujours fait profession. -
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l'on ni l'autre; on dit que ce serait s'engager dans un trop long circuit de négociations. Je répliquai avec toute la confiance que donne une si bonne cause. C'était un point déjà arrêté , qu'on sacrifierait M. le duc de Savoie ; et tout ce que j'entendis me convainquit qu'il était même arrêté de longue main. Je tirai des indices aussi certains^ au désavantage de nos autres alliés , de toutes les mines et signes d'intelligence que je surpris entre la reine , le chancelier et Yilleroi. Mais bientôt les confidens et les nouveaux conseillers de la reine ne s'embarrassèrent plus de cacher leurs sentimens. Le gouvernement du feu roi, si doux, si sage, si glorieux pour la France, fut blâmé près- . que hautement , et même méprisé et tourné en ridicule. En même temps qu'on traitait ses desseins de chimères , on le représentait par d'autres endroits comme un prince faible, lâche, et incapable de résolution. Il semble que ce n'était pas asse^ de laisser impunie la mort de ce grand prince , si l'on n'y joignait encore toutes sortes d'outrages à sa mémoire ; et malheureusement pour nous , le ciel , qui se réservait cette vengeance , ne l'a exercée qu'en laissant triompher l'envie et l'ingratitude.
Je revins chez moi, pénétré d'un vif chagrin de tout ce que j'avais vu et entendu. «Nous allons , dis- « je tristement et secrètement à madame de SuUj, a dont je connaissais la discrétion , tomber sous la