‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 187 sur 195 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

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(( domination de TËspagne et des jésuites. Les ce bons Français , et surtout les protestans, doivent « bien penser à eux, car ils ne demeureront pas a long-temps en reposl » Cette pensée me tint dans une profonde rêverie pendant tout le diner. Je fus abordé, comme je sortais de table , par M. l'évéque de Montpellier , qui me pria de passer un moment dans mon cabinet; je l'y fis entrer, et l'en fis sortir , au bout d'une demi-heure , par une des portes d'en bas , avec beaucoup de secret, car il ne voulait pas qu'on le reconnût ; et pour cela il eut soin que mes gens ne le vissent que par derrière , et de se couvrir le visage presque entier de son mouchoir. « Je viens d'apprendre bien des ce nouvelles, dis-je à mon épouse, et à trois ou « quatre personnes auxquelles je me confiais, c'est « la suite de ce que je vous dis l'autre jour. Il s'iest « tenu un conseil secret chez le nonce Ubaldini , « où étaient le chancelier , Conchini , Yilleroî , « l'évéque de Béziers, et un homme dont on n'a « pu me dire le nom , qu'on croit pourtant être « au duc d'Épernon. On y a blâmé , on y a même <( parlé avec dérision des projets et de la personne <x du feu roi. J'y ai été encore moins épargné. Il y « a été décidé que l'on changerait totalement de « principes de gouvernement et d'alliances police tiques; qu'on écrirait au pape, avec lequel on « s'engagerait à n'agir que par ses conseils; qu'on

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« s'unirait intimement avec l'Espagne , et que , ce lorsque cette union serait bien cimentée, tous « ceux qui s'y montraient contraires, principale- « ment les huguenots , seraient éloignés de toutes V les atEhires y et bannis de la cour. Si je suis sage, « poursttivis^je, j'imiterai le castor; je me déferai « doucement de toutes mes chattes, j'en retirerai a le plus d'argent que je pourrai, j'en emploierai et une grande partie à acheter quelque bonne place « dans une province des plus éloignées, et je gar» « derai le surplus pour m'en servir dans les be^ « soins qui me surviendront. »

Nous étions encore sur ce propos lorsque entrient le duc de Rohan , les deux Béthune, mon frère et mon cousin , mon fils , et deux ou trois autres de mes plus particuliers amis , à qui je fis part de la confidence qui venait de m'étre ûdte , et de ma résolution. Ils soutinrent que l'avis ne pouv^t être que faux ; que j'allais prendre un travers qui me couvrirËtit pour jamais de la tâche d'ingratitude envers l'état et les enfans du roi mon bien- Êiiteur; qu'il m'était encore £acile de demeurer en possession de mes charges , et dans l'exercice de mes fonctions ; qu'il y avait de la lâcheté et de la bassesse à céder ainsi à ses ennemis au moindre choc. Je ne convins pas que les raisons qu'ils m'alléguaient fussent bopnes ; de I^ur côté , je ne pus les amener à se rendre aux. miennes, « Vous

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« voulez donc, leur dis-je enfin, que je ttie sacrl* « fie pour le publia , poUf ma famille et pour mè» « amis ; car je vois bien que votfe intérêt a beau- « coup de part à tout ce que vous me dites. Je le a feï'ai , puisque vous m'y ifbfcez ; mais souvenez^ « vous de ce que je vous dis aujourd'hui , que ce « sera ftvec peu d'utilité pour vôUs tous, et avec « beaucoup de peines , de chagrins , de pertes et « même de hohte pour moi ; et je vais dès à préci sent, ajoutai-je, vous en faire voir un échan- « tillon» »

En faisant réflexion à tout ce que les courtisans les plus distingués et les plus dédaigneux faisaient d'avances :, et même de basses démarches pour avoir l'amitié de celui en faveur duquel la reine CDmtiien^it à lînontrer toute la sienne, j'aVais conclu en moi-même qu'il serait bien difficile que, conservant encore la même relation, et en quelque sorte ta même bonnei inlellig^icè , du moins apparente, que j'avais toujours eue avec la cour, je pusse me dispenser de donner quelque signe d'amitié à ce nouveau favori. J'avais eu dessein , supposé que cette pensée me durât , d'y faire servir le jeune Arnaud, qui n'avait déjà que trop déi penchant à adorer le soleil levant. Je l'avais fait venir ce matin-là même , et je l'avais prévenu sur la commission qu'il ne tarderait pas à recevoir de

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moi , d'aller trouver M. de Conchini \ et de lui faire des offres de service de ma part. Je lui avais même déjà dit de quelle manière il fallait qu'il tournât son compliment ; et le voici : Que je ne lui voulais aucun mal de ce que la fortune se préparait à lui Élire occuper auprès de la. reine la même place que j avais tenue. auprès du feu roi ; que je regardais cet événement comme un de ces coups que la Providence rend trop communs pour

' Concino Concini, Italien de basse naissance , et gentilhomme florentin, selon d'autres ; mieox connu sous le nom de maréchal d*Ancre, qu'il porta peu après. Il fut le principal favori de la reine régente, et comblé par elle de biens et de dignités. On a dit qu'à son départ de Florence, un de ses amis lui demandant ce qu'il allait faire en France, il répondit, ou fortune, ou périr y et que l'un et l'autre lui arriva. Il fut tué dans le Louvre par- Vitry, le a 4 août 1 6 1 7, par ordre du roi Louis XIII, et à la sollicitation des grands. On fit aussi mourir sa femme, cette même Léonore Galigaï dont il est assez souvent parlé dans ces mémoires. On ne trouva point d'autres crimes à lui imputer que celui d'avoir ensorcelé la reine ^ sa maîtresse. « Je ne me suis jamais servi , répondit-elle à ses a juges, d'autre sortilège que de mon esprit. Est-il surprenant « que j'aie gouverné la reine, qui n'en a point du tout? Le « cardinal de Richelieu, ajoute Amelot, devait le commence « ment de sa fortune à cette femçie. Ils avaient tous deux la « magie de la parole. » C'est dans les histoires de la régence de Marie de Médicis, et dans celles de Louis XIII, qu'il faut chercher ce qui regarde cet article. On trouve aussi des anecdotes assez curieuses dans les mémoires de Bassompierre.

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qu'on s'en étonne ; que la régente ne faisait même en cela que lui tenir compte avec justice de Tatta* chement que lui et sa femme avaient toujours eu pour elle , et des bons services qu'ils lui avaient rendus ; qu'en faisant choix de sa personne pour conduire ,les affisiires , elle s'était sans doute atten* due à donner au roi son fils et à tout l'état un serviteur aussi capable que fidèle , deux qualités qui suffisaient toutes seules à rendre un homme, quel qu'il soit, véritablement digne de tous les bienfaits que la faveur lui assure ; qu'également persuadé , et des louables desseins de la reine , et de la disposition où il était de la seconder en tout, je lui offrais avec cordialité tous les moyens qu'une longue expérience pouvait m'avoir appris; qu'il trouverait que cette offre n'était pas à refuser, s'il faisait attention , qu'outre le bien public qui en résulterait, il y gagnerait pour lui-même de ne point acheter les faveurs dont il se verrait comblé dans la suite , par la jalousie des grands , la haine publique, le préjudice des affaires et la vexation du peuple; que je ne lui demandais, pour prix d'entrer ainsi dans ces vues de grandeur et d'intérêt , que de les chercher dans les principes de gouvernement qui avaient fait trouver au feu roi le moyen de rendre son royaume paisible et florissant , dont l'un 4es principaux , et celui dont il me paraissait avoir le plus de besoin présente-

ment ^ était de ne pas accoutumer les gens d'affaitres et tous ces étemels solliciteurs à compter , pour obtenir leurs demandes , sur celui-là même qmx dc»t se montrer le plus éloigné de les leur ac^^ corder; qu'à ces conditions, il me verrait tou^ jours disposé à m'unir avec lui , et que dès ce m€>ment je lui offrais mon amitié et lui d^makxdais la sienne.

Oa dira pent«>étre , aptiès avoir bien pesé la force de mon compliment , que je mettais à mes avam ces des correctifs qui devaient m'ÔFter la crainte de m'engagfer trop avant; mais je tarais que l'on conviendm pourtant qu'il devait satisfaire , et , si je pais le dire 5 flatter celui à qui je le faisais. Quoi qu'il en soit ^ il me parut tout-à«-fait pMpre à produire l'effet dont je voulais persuader ce^ax qui combattaient si fortement tua résolution. « Allez , a dis^j« à Arnaud , après l'avoir appelé et Instruit ce en présence de ces messieurs , alle^ vous'^en trou*^ « ver M. de Concliini de ma part, et lui parlez «c Comme je vousTsl dit ce matin : faites diligence^ « et rertenez le plus tôt que vous pourrez. Je serai « bien trompé , si tous ces messieurs ^ ajoutai-je eb ce parlant à eux«-mémes , qui ont une si bonne opi«- «c nion de la reine et de ses conseillers secrets , ne « voient , par la réponse qu'il fera , s'il y a quel* (c que cbosô de bon à en attendre. »

Tout le monde demeura assemblé en atieitdant

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