‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 188 sur 195 · LIVRE VIITGT'-HUITIÀME · texte numérisé non relu

LIVRE VIITGT'-HUITIÀME

cette réponse, qu'Arnaud nous rapporta au bout d'une heure , et d'une manière qui acheva de me confirmer dans tous les soupçons que j'avais déjà conçus oontre lui. Il ne nous entretint d'abord que de louanges de la personne deGonchini, de son habileté, de son intelligence dans les matières d'état, de son crédit, de ses amis, et il trancha fort court sur le sujet de son message , en disant qu'il ne croyait pas que j'eusse rien à espérer de lui, à moins que je ne fusse d'humeur à complaire à toutes ses volontés. « Je crois vous entendre , lui oc dis-je avec un petit mouvement de colère dont c je ne fus pas le maître ' ; mais que voulez**vous ce dire avec un discours si vague ? Parlefr^nous plus « clairement , et voyons tout ce que vous lui avez « dit , et ce qu'il vous a répondu. » Comme il se vit forcé d'obéir, il nous fit le détail suvant , en branlant la tête , et avec un sourire malin : qu'en entrant chez Gonchini , il avait rencontré le pré« sident Jeannin et Arnaud son frère qui en sor*^ taient ; qu'ils avaiait paru inquiets de le voir dans cet endroit , quoiqu'ils ne lui eussent rien dit , ni kd à eux , en quoi je suis persuadé qu'il nous ca^ chait la vérité ; qu'un nommé Yincence , en l'intro^ duisant dans la chambre de son maître , lui avait dit : ce N'êtes- vous pas à M. de SuUy ? Plût à Dieu

' Sully se grattait la tête quand on le fâchait, ou qu'on ré!tnban*àssait.

oc que nous suivissions ses conseils plutôt que a ceux des deux hommes qui viennent de partir a d'ici 9 et beaucoup d'autres encore pires ! Nous a n'irions pas si vite que l'on veut nous porter ; « mais aussi l'autorité de la reine et notre fortune « se trouveraient établies d'une manière plus « louable, plus certaine et plus durable. » Que le nouveau favori lui ayant dit , « Hé bien ! M. Arec naud 9 me venez-vous visiter ?» il lui avait répondu , en lui faisant le compliment et lui tenant tous les mêmes discours dont je l'avais chargé , et qu'il nous redit aussi.

Arnaud s'arrêta encore après cela, et nous dit en hésitant qu'il n'avait reçu qu'une réponse si courte et si sèche, qu'il lui semblait plus à propos de n'en rien dire du tout. Ce qui lui restait à nous apprendre était précisément ce que je souhaitais d'entendre ; et il nous le dit enfin , après s'en être hit presser fort long-temps. G>nchini , sans proférer un seul mot de remerciment à tout ce qu'on venait de lui dire d'obligeant, sans même montrer qu'il y eût fait la moindre attention , répondit en assez mauvais français , et d'un ton de voix aigre : « Comment ! M. Arnaud, M. de Sully a pense donc encore gouverner les affaires de a France , comme du temps du feu roi ? C'est à <r quoi il ne doit nullement s'attendre. La reine 4£ étant reine , c'est à elle à disposer de tout ; et

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