LIVRE VIirGT-HUITlÈME
« je ne lui conseille pas de rien entreprendre que « selon sa volonté. Quant à ma femme et à moi , ff nous n'avons besoin de l'aide ni de la faveur ce de personne. Sa majesté nous aime , parce que a nous l'avons bien servie : personne ne saurait <c empêcher le bien qu'elle voudra nous faire, c M. de Sully , s'il désire quelque chose , aura plus <c besoin lui-même de notre assistance , que nous « de celle qu'il nous offre ; et s'il savait les pource suites qui se font, il nous rechercherait plus « qu'il ne fait. Il n'y a ni prince ni seigneur à la ce cour qui ne nous soit venu voir ; il est le seul c avec un autre. »
Personne, dans toute la compagnie , ne s'attendait à une réponse aussi crue. Tout le monde s'entre-regarda , et ne fit que hausser les épaules , sans dire un mot. oc Hé bien ! Messieurs , leur dis-je, ec croyez-vous encore qu'il me soit possible de me « maintenir avec honneur dans mes charges, et « qu'on me laisse conduire les affaires comme au- « paravant? » Ils convinrent qu'ils avaient mal jugé dé la véritable position des choses; ce qui donna lieu à plusieurs autres discours assez longs, mais de trop peu de conséquence pour être rapportés ici , et dont la conclusion fut , qu'il fallait donner encore quelque chose au hasard, ne rien précipiter , et voir ce que produirait la v^iue de M. le prince, qu'on s'attendait à voir reparaître
^J^ MÉMOIRES OE SULLT.
incessamment, et sur laquelle bien d'autres que moi fondaient de grandes esparances.
Le premier avis que je reçus de l'entrée de ce prince dans le royaume me fut donné , quelques jours après cet entretien , par Pallot. Il m'avertit en même temps que M. le prince n'étant pas fort pourvu d'argent comptant, ce serait bien lui faire ma cour que de lui faire toucher , sans attendre qu'il me le demandât , au moins une demi-année de s|i pension. Heureusement je pouvais le faire , sans craindre le reproche d'avoir disposé , de mon chef et sans ordre, des deniers de sa majesté, cette somme se trouvant portée sur l'état , quoiqu'elle n'eût pas encore été délivrée à M. le prince, parce que k feu roi , qui ne voulait pas que ce prince pût croire qu'il eut conservé assez de bonne volonté pour lui , pour continuer à Fen gratifier , avait attendu qu'il se présentât une occasion où je parusse la lui envoyer de moi-même. J'en avais même déjà donné la moitié à deux personnes que M. le prince avait chargées de me la demander ; et je me souvins que ces deux hommes m'avaient dit, il n'y avait que huit jours , qu'ils Favaient encore entre les mains. Je fis donc dcomer le tout à Pallot, qui, en le rendant à M. le prince, lui fit si bien valoir ce témoignage de iiion attachement à sa personne, que œ pripce, auquel on ne pouvait guère alors rendre un plus grand service ,