‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 193 sur 195 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

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mandes d'un peuple de courtisans avides : que je ne voulais pas dire par là qu'on se privât de toute sorte de récompense ; que c'était au contraire un des avantages de 'ce système pour les mêmes quatre personnes; qu'en conduisant sagement les affaires , il leur reviendrait , naturellement et de plein dnoit , plus de biens en un an que de toute autre manière en dix; mais qu'il ne devait pourtant entrer rien de mercenaire dans leiirs vues ; ce que je leur répéterais d'autant plus souvent, quQ , de toutes les bonnes qualité^ nécessaires aux p^sonnes d'état, il n'y en a aucune dont la pra* tique soit si difficile que de se voir sans cesse au milieu des trésors et k même de toutes les grâces sans s'en laisser éblouir, et que je savçiisdéjà tous les plans que quelques-uns des princes avaient feits pour jouir de ce qu'on appelle les droits du ning; mais aussi qu'en se préservant de ce piège dangereux , aucune puissance ne serait capable de leur résister, dussent-ils voir se liguer contre eux toutes les têtes factieuses et tous les grands , sans en exeeplier un seul , l'intérêt du roi devenant véritablement l'intérêt public et général, lorsqu'on le soutient par ces voies , et l'impression que fait le nom royal se trouvant alors portée au plus haut point.

Je poursuivis en disant à M. le prince qu'il ne restait plus qu'à savoir si l'on trouverait dans la

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reine et les deux autres princes les mêmes disposi'tions propres à faire réussir ce dessein ; que, loin de le flatter de cette espérance, je convenais qu'il ne devait nullement compter sur eux; qu'il n*était pourtant pas dispensé pour cela de faire toutes les démarches nécessaires auprès de la reine ^ tant parce qu'il était besoin qu'on n'eût pas le moindre reproche à lui faire dans un point de cette conséquence que parce que, cette princesse étant déjà en quelque manière en possession de l'autorité rovale, les plus fortes raisons ne le seraient pas encore trop pour justifier aux yeux du public Textrénniité où l'on serait peut-être obligé d'en venir avec elle; et pour en écarter le danger, qu'après avoir pris cette précaution , rien ne devait l'empêcher de se charger seul d'un devoir que les princes ses oncles n'auraient pas voulu partager avec lui; mais que c'était alors véritablement que, privé de tous ses suppôts, il fallait qu'il fît parier pour lui un désintéressement si décidé et une probité si éclatante dans toutes ses actions et ses paroles, qu'on s'accoutumât à le regarder comme le véritable ami du roi , de l'état et du peuple; qu'un homme qui n'emploie que de telles armes; et qui est en place de le faire, tôt ou tard ramène tout à soi; que les princes de Gonti et de Spissons le sentiraient les premiers en comparant l'honneur qui rejaillit sur le sang royal d'un pro-

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cédé si respectable, avec les déboires, les manques de respect, souvent les mépris auxquels ils ne peuvent manquer d*etre exposés lorsqu'ils se montrent dans la carrière confondus avec le reste des courtisans ; que bien des raisons viendraient balancer dans l'esprit de la régente elle-même le penchant qu'elle avait à une conduite contraire , surtout si elle se voyait en tête les princes du sang réunis ; que tout le pouvoir apparent dont elle était revêtue ne suffirait pas à la soutenir six mois entiers contre un parti si fortement autorisé; qu'enfin je croyais pouvoir lui être garant que la nécessité , la confiance et le torrent attireraient enfin tout de son côté, et qu'il ne se passerait plus rien entre la reine, les princes et les gens en place, liaisons , désimions , mutineries , raccommodemens, brigues, qui ne tournassent au profit de son autorité , s'il savait dès ce moment se former son plan , et être fidèle à le suivre tel que je venais de le tracer.

L'attention avec laquelle je fus écouté de M. le prince me fit voir que j'avais trouvé le chemin de son cœur, et que j'y avais fait cette impression* forte qui est l'effet de la vérité et de la justice réunies dans le même objet. Ce qui est arrivé depuis ne prouve point que je me sois trompé alors, ou bien prouve aussi que M. le prince se trompait lui-même tout le premier, puisqu'il est certain quQ

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la force de mes raisons le soutint pmidant un temps assez long contre tous les flots dont il était continuellement battu. De quelque artifice que se servissent les personnes dont il était obsédé , il ne pouvait tant soit peu approfondir la natnre des conseils qu'il recevait d'eux qu'il ne. découvrît aussitftt clairement qu'ils étaient dictés par l'avarice et l'ambition. Quelle différence entre de pareils sentimens et ceux que je cherchais à \m feire prendre! Il la sentait, il en était persuadé; et cependant il se laissa ensuite entraîner comme tous les autres au torr^t du mauvais exemple, lie dttc de Bouillon contribua plus que personne k l'engager dans le parti de l'erreur ' . Je me re-

' L'auteur de la vie du duc de Bouillon rapporte les conseils que ce duc donna au prince de Condé : «c H lui conseilla, dit-il , a de laisser à la reine la <{ualité de régeitte , mais de la réduire <x à un tiU'e Vain, qui satisfiprftit sa vanité, et de $ attirer ^ffec- «c tivement toute Tautorité. Il lui dit qu'il savait pour cela un « moyen infaillible , et que, s*il voulait s*eU servir, il lui répon- « dait du succès : que ce moyen consistait à rentrer dans la « religion calviniste, dont le feu roi l'avait tiré, et à se déclare rer protecteur des protestans de France ; qu^alors suivi de « toute la noblesse calviniste, dont il serait le chef, maître de ^ toutes les places de sûreté accordées à ce parti (c'est-à-dire « de ceat trois villes ou places bien fortifiées), soutenu par « tout ce ^'il y avait de Suisses en France, ^nt le 4uc de Ro- « han était le coloœl-général, sur de l'aegeid: laissé par le ifeu K roi à la Bastille , que le duc de Sully, mécontent de la ré- « gence, pouvait lui remettre entre les mains; qu'avec de si « [îrauds avantages on ne pouvait pas douter qu'un premier

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présente , et peut-être je me grossis à-moi-méme , tôtit ce (Jui peat sfervir à justifier ce prince , en convenant de bonne foi qu'il n'était pas difficile de dôtiner les plus belles couleurs ailx motifs par hesquèls on prétendait feaper mes priticipes, et qii'îl né doit pas paraître surprenant qu*un prince jeune et sans expérience n'ait eu ni assez de discernement pour distinguer la réalité d'avec l'apparente , ni assez de force pour préférer ce qui li^est qu'utîle à ce qui plaît et flatte. Voici les raisons qui effacèrent dans son esprit celles dont je m'étais servi.

On lui disait que tous mes raisohnetiiens ne tendaient qu'à le jeter dans un système absurde et imaginaire; que ces beaux sentimens ne couvert prièce du sahg comme lui, pendant une minorité, ne Fût en <t élat de ft'eiApxrer de toute Tautorité, et de &e rendre égale- « ment redoutable au dedans et au dehors du royaume... Dieu « ne permit pas qu'il suivît le conseil du duc de Bouillon. S'il « l'eût fait, les calvinistes recouvraient tous les avantages « ><}ù'il$ aVàient perdus par la conversion du feu roi; vraisem- « blablement le royaume eût été partagé entre eux et les ca- « tholiques; et leur république, qu'on traitait d'imaginaire, « se fut enfin trouvée quelque chose de réel. » (Tome 2 , p. 307. j HTai^, et cet hfetotien l'avoti^ ensuite, bien des personnes demefureront pet-suadées que ce n'était pas sérieusement que le Ôttc^ Boufilon-Àvait fait cette proposition au prittcetle Coiadé ; cfékW ftit le {irfemier à î'fen détourner , et que txMt son but était de fiàîre sentir à la régeiite, qtt*il voulut biéft Vàssurer lui-mémei ïtmt ^ ttiàl '^u'il Cuvait lui Mre.

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liaient ni à nos temps , ni à nos moeurs ; que la probité et la vertu ne viennent seules à bout de rien; que les chimères dont je le repaissais ne trouveraient cours chez personne; qu'eirse faisant l'arc-boutant de tout le monde , il n'en recueillerait qu'une haine générale , et le regret inutile de ji'avoir pas mieux profité de la plus heureuse de toutes les conjonctures ; que le seul parti raisonnable qu'il eut à prendre dans une occasion où les trésors royaux allaient devenir la proie de toutes les mains , était d'en revendiquer la meilleure et plus grosse portion , comme étant la première personne de l'état après leurs majestés ' ; qu'il avait bien peu profité de la nécessité où il s'était trouvé , si elle ne lui avait pas appris que l'occasion de s'en délivrer doit être reçue à bras ouverts lorsqu'elle se présente; qu'il prit bien garde au reste que ce n'était pas tant pour lui que pour moi-même que je cherchais à le jeter dans un parti extrême; qu'il ne me restait que cette seule ressource pour soutenir mon crédit expirant ; mais qu'il ne s'y trompât pas ; qu'en

* « Il eût bien voulu , dit le même historien que je viens de « citer, contester la régence, s'il Yeèt osé; mais il en fut di~ « verti par le bon traitement qui lui fut fait. On lui donna <c deux cent mille livres de pension, Thôtel de Conti au fou-* a bourg Saint-Germaiu, qui fut acheté deux cent mille francs» « le comté de Clermont, et beaucoup d'autres gratifications. >»

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