‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 23 sur 195 · LIVRE VINGT-QUATRIÈME. 5l · texte numérisé non relu

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marques de sa bonté ^^et lui promettant une grande exactitude à l'avertir de tout ce que leurs ennemis communs pourraient entreprendre. Ce prince ne rompit peint pour tels, avec le duc de Savoie; au contraire^ le comte de Garmare, envoyé de ce prince , devant prendre congé du roi à Fontainebleau , à la fin d'octobre , pour repasser les monts avec le marquis de Beuillaque , autre envoyé du gfand-duc de Toscane , sans prendre lieur routé par Paris, du moins sa majesté le crut ainsi, elle m'écrivit de lui envoyer deux enseignes de pierreries , de mille écus chacune , pour leur en faire présent.

L'Angleterre avait aussi ses troubles. Après que sa majesté britannique eut fait expirer dans les tourmens les deux principaux acteilrs du complot contre sa personne , dont j'ai parlé Tannée précédente , les jésuites Garnet et Oldecôrne , elle crut devoir faire prêter de nouveau le sennent de fidélité à tous ses sujets ; ce qui se fit avec plusieurs circonstances contre la puissance et la personne du pape , auquel ce prince s'en prenait, qui aigrirent si fort l'esprit de sa sainteté, qu'elle envoya un bref dans la Grande-Bretagne , par lequel elle défesiàsàt à tous catholiques anglais de prêtèi* ce serment.

Le saint père se voyait alors heureusement hors de l'embarras que lui avait dausé sa querelle avec

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les Vénitiens. Le roi termina cette grande affaire , à la satisfaction des deux partis , par le cardinal de Joyeuse, qui envoya son écuyer, dans le mois d'avril , en porter à sa majesté la nouvelle et les conditions. La république* faisant les premières démarches, comme il convenait, remit, par l'ambassadeur de France, les deux ecclésiastiques prisonniers entre les mains d'une personne nommée à cet effet par le pape , sans aucune protestatioYi qui put déplaire à sa sainteté. Elle révoqua celle

' Suivant d'autres historiens, le doge et le sénat ne voulurent faire aucune satisfaction au pape, ni recevoir Tabsolution y encore mpins la demander; et Paul V fut très-choqué de Tindifférence avec laquelle on reçut à Venise ce qu'il prétendait qu\>n regardât comme une grâce. Fresne-Canaye disait, au vetour de son ambassade, qu'on ne parlait pas plus respec> tueusement du pape dans Venise que dans Genève. Il est certain du moins que tous ses efforts furent inutiles pour y faire rétablir les jésuites. « Cette affaire, dit Péréfixe, retarda Tac- « commodément de quelques mois, et pensa le rompre tout-à- « fait, parce que le pape, considérant qu'ils avaient été chassés « pour sa cause, voulait absolument que la seigneurie les ré- « tablît en leurs maisons et en leurs biens, et qu'elle s'opi- « niâtrait de tout risquer, plutôt que d'y consentir. Enfin, le « pape, persuadé par l'éloquence du cardinal du Perron, com. « prit qu'il valait mieux se relâcher sur ce point, que de mettre « toute la chrétienté au hasard de se brouiller; de sorte qu ils « demeurèrent bannis des terres de la seigneurie. Le pape « Alexandre VIII les y a rétablis par son intercession. » Péréfixe. Journal de L'Étoile, Mémoire pour l'histoire de France, le Mercure français, Matthieu, etc., année 1607.

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qu'elle avait faite contre l'interdit, sur l'assurance qui lui fut donnée par sa majesté que le saint père lèverait ensuite cet interdit dans la forme la plus gracieuse. Tout cela se fit sans que les ministres espagnols y prissent de part, qu'autant que le cai^ dînai de Joyeuse voulut leur en donner, ce qui en augmenta encore davantage la gloire que cette réconciliation acquit à sa majesté '. Voulant gratifier le cardinal Aldobrandin , Henri laissa en ma disposition de le faire. Je me doutai bien que cette éminence trouverait l'argent plus de son goût que les bagues et les pierreries, et je décidai pour une pension plutôt que pour un présent.

Le cardinal' Barberin , retourné à Rome de sat nonciature, s'y tint si fort obligé de tous les services qu'il publia que je lui avais rendus, que cela me valut, au mois de novembre, un bref de Paul y tout-à-fait obligeant; du moins sa sainteté se servit de cette raison pour m'écrire , et me recommander celui qui allait relever Barberin , qui était élu de l'église du Mont-Politien. Je ne rapporterai ni tous tes remercîmens du saint père ,

* « C'est moi, disait alors Henri IV, qui ai fait la paix en « Italie. » Le Mercure français marque que François de Castro et dom Inigo de Cardenas, ministres d'Espagne à Rome , après avoir essayé inutilement d'empêcher l'accord, entreprirent aussi inutilement de faire donner par sa sainteté le cardinal Zapula pour adjoint au cardinal de Joyeuse. Année 1607.

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ni toutea les louanges , les offres de service et les autres politesses dont cette lettre est remplie , je ne ferais que répéter à peu près ce que j'ai déjà dit en parlant du bref qui m'avait été adressé préoédemment par Clément YIII. De fortes prières et de pathétiques exhortations d'embrasser la religion catholique avaient une égale part dans l'un et dans l'autre , et je répondis à Paul Y , comme j'avais ùi% à son prédécesseur, par les expressions les plus respectueuses, les plus polies et les plus satisfaisantes , excepté que je gardai encore le même silence sur l'article de mon changement de religion.

De ce détail d'affaires étrangères revenons à celles du gouvernement, et cc»nmençons'par la finance , après avoir averti , premièrement , que les finances de la Navarre ' furent réunies cette année à celles de France, en sorte qu'on cessa de

^ Jj'autear veut sans doute parler de l'édit, qui pourtant i^e (ut passé qu'en 1609, par lequel le domaine, et tous les biens qui appartenaient à Henri IV, comme roi de Navarre, et qui jusque là avaient toujours été séparés de la couronne de France , parce que ce prince en avait cédé l'usufruit à Madame Catherine sa sœur, furent réunis à perpétuité à cette <;ouronne^ sans pouvoir jamais en être aliénés, etc. Ces biens oomprennent lés duchés de Vendôme et d'Albret, leà comtés ée Foix, Armagnac, Bigorre, Gaure, Merle^ Beaumoat, la Fère, le vicomte de Limoges, et autres fonds et droits^ Voyez; les historiens ci^essùs.

ies traiter sépacéBO/^nt. En second M^^ que le long séjour que sa majesté faisait dans se&tnais^as hors de P^is , et loin de son conseil fit qu'en cette année ) encore plus que dans les précédentes, ppésque rien h^ s'expédiait que par lettres , le roi aimant miieux pr^dre cette peinp avec ses secrétaires d'élat et se3 autres principaux employés, qm de les faire Tenir travailler auprès de sa persosne. Il en était de même dd ceux que des fonotians d'un autre genre y appelaient. Jamais le service de sa oiajeâté n'a tnoihs coûté de peine et de dépense aux subalternes»

En me parlant des opérations de finance pour la présente année, sa majesté me demanda, lorsqu'elle me vint voir au commencement de l'année, un état sommaire de ce qui était sorti d'argent de mes mains depuis que je gouvernais les finances., pour ks^arties que le calcul suivant va indiquer; je le hii donnai huit jours après en cette forme :

Aux cantons suisses et ligues^ des Grisons , dixsept milli^^ns trois cent cinquante mille livres; dettes à l'Angleterre , çn argait donné aux états des Provinces-Unies , six millions neuf cent cinquante mille livres; à différens princes d'Allemagne, quatre millions huit cent quatre-vingtdix-sept mille livres; au grand^dw de Toscane et princes d'Italie, dix-^huit mille livres; à Gondy , Zamet, Cenamy et autres trjîtans , de dettes sur

le sel et les grosses fermes j quatre millions huit ceut mille livres; dettes contractées à cause de la Ligue, treize millions sept cent soixante -dix mille livres ; dettes aux provinces de Dauphiné , Lyonnais , Languedpc, etc., acquittées des deniers de la gabelle , quatre millions sept cent vingt*huit mille livres; dettes à différens particuliers, acquittées de toutes sortes de deniers royaux, quatre millions huit cent trente-six mille six cents livres; même partie , comprise dans un état différent , quatre millions trente^huit mille trois cents livres; dons immenses de sa majesté , six millions quarante-deux mille trois cents livres ; adbiat d'armes, munitions et ustensiles d'artillerie , déposés dans les magasins, douze millions; constructions d%^ glises et autres bâtimeps, six millions cent cinquante mille livres; réparations et fortifications de villes, cinq millions sept cent quatre-vingtrcinq mille livres; pavés, ponts et chaussées, levées, etc„ quatre millions huit cent cinquante mille livres ; bagues et meubles achetés par sa majesté , un million huit cent mille livres. Total, quatre-vingtsept millions neuf cent deux- mille deux cents livres.

La reine Marguerite avait hérité de la reine sa mère de biens assez considérables, dont elle fit cession au dauphin. Pendant que je calcule , je v$4s e^ rendrç compte. Ces biens valaient de re-»

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venu annuel, lors de cette démission , vingt-quatre mille trois cent soixante-dix livres; par une augmentation que j'y fis en les affermant, je les portai à trente mille trois cent soixante livres. Jç retirai encore un capital de cent soixante-dix mille trois cents livres, produisant treize mille trois cents livres de rente qui en avaient été aliénées , âoit par la feue reine, soit par Marguerite. J'aurais bien souhaité pouvoir rentrer de même dans une autre partie de quatre-vingt-quatorze mille livres en principal, rapportant huit mille trois cent quatre-vin^-quinze livres; mais il avait été abso-* lument vendu ou donné par ces deux princesses. J'entrepris de réunir au domaine dii roi sous les greffes de Languedoc, qui en avaient été aliénés. Ce dessein ne fut pas plus tôt connu, que La Fosse et plusieurs autres traitans se présentèrent pour faire leurs offres. Le parti que je pris fut de permettre à ces partisans de les racheter, à condition qu'au bout d'un certain nombre d'années, dont on convint , pendant lesquelles ils en jouiraient , ils les remettraient quittes à sa majesté : économie louable, et en quelque sorte nécessaire, et autorisée de plus par toutes les règles de la justice générale et particulière, les contrats des acquéreurs portant expressément faculté de rachat perpétuel, ce que je fais remarquer, parce que le parlement de Toulouse, en vérifiant les lettres-

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patentes expédiées pour ce traité, jugea à propos d'en excepter les greffes de la irille et de la compagnie. J'écrivis au premier présideut Verdun que le roi était justement irrité de ce mépris des réglemens, plus extraordinaire encore dans des personnes préposées pour maintmir la justice et l'ordre , et qu'il aurait cité tout le corps , si quelques amis de ce. parlaient n'av^^nt suspendu son courroini en lui promettant upe entière obéissance. De quel droit le parlement de Languedoc voulait41 excepter ses greffes d'une i*ègle générale pour toute la province ? Et si c'était L'espèce de traité qui lui déplaisait, pourquoi, étant libre à tous les propriétaires de ces greffes, comme il l'était , de les vendre , aliéner , fieffer et transporter de même qu'ils auraient pu faire une portion de leur héritage, voulait-on ôter ce droit à sa majesté, devenue propriétaire de ces biens? Il n'y avait rien à répliquer à cela ; le parle^lent de Toulouse demeurait convaincu de partialité par le seul fait.

Celui de Dijon avait consenti d'acheter, moyennant une somme de soixante mille écus , l'a^ttribution qu'on venait de lui faire de la Bresse ^ et il s'y était même engagé envers le.rpi; cependant il ne se donnait a^cun mouvement pour lever cette somme; ce qui détermina sa inajestéià faire une augmentation sur la gabelle de cette pro-

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