LIVRE VINGT-QUATRIÈME
Cusse et Marigné , préposés pour le remboursement des six cent mille livres prêtées au roi en 1598, par la province de Bretagne, m'envoyèrent leur état final de recette et dépense, ou plutôt un extrait et un abrégé informe , dans lequel je vis seulement que , pour rembourser six cent mille francs , il était fait recette et dépense de près d'un million trois cent quarante mille livres. Les plaintes de la province m'avaient déjà prévenu sur le contenu de cet état, dont je repris sévèrement les auteurs. Je poursuivis de même bien des larcins que Vitry me fit découvrir en Guienne '.
Lorsqu'on sut que le roi songeait à racheter
* Une des principales actions de justice faites contre les financiers pendant le ministère du duc de Sully, fut l'emprisonnement et le procès du fameux partisan L'Argentier. Les Mémoires de V histoire de France, après avoir rapporté, t. 2, p. 271, ses malversations et ses dissipations, y joignent ce trait : « Au dernier voyage du roi à Fontainebleau, L'Argen- « der, étant venu prendre congé de sa majesté, lui dit que « bientôt il s'y acheminerait, pour lui baiser les mains et re- « cevoir ses comraandemens, et ajouta : Ce voyage me coûtera « dix mille écus. Ventre-saint-gris, répondit le roi, c'est trpp « pour un voyage de Paris à Fontaineblejau. Oui, Sire, ré- « plicpia L'Argentier; mais j'ai autre chose à faire, sous le bon « plaisir de votre majesté, qui est de prendre le modèle des «c frontispices de votre maison , pour en accommoder une des « miennes que j'ai en Champagne; à quoi le roi, se prenant à « rire, n'y répondit rien pour lors; mais quand on lui porta ^ la nouvelle de sa prison au Châtelet : Comment! dit-il, veut- « il prendre le modèle des frontispices du Châtelet? »
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différentes parties de son domaine , il se présenta une infinité de traitans. L'un d'eux fit demander au conseil si l'on voulait le recevoir ^ traiter d^une portion de cent cinquante mille livres : il ne vou-» lait qu'on sût ni ' son nom , ni quelle portion du domaine , ni même à quelles conditions ; excepté qu'il disait ces conditions fort avantageuses pour sa majesté, n'étant question ni de bail à longues années, ni de nouveaux réglemais, mais de prendre les choses en l'état où elles étaient. Il exigeait encore que , quand une fois il aurait parlé , personne ne fût reçu à enchérir sur liii , qu'en lui payant deux cent mille livres. La singulfirité de cette proposition n'empêchait pas que le conseil rie penchât à l'accepter ; mais le roi voulut qu'on obligeât celui qui la faisait à se nommer, et à s'ouvrir du moins à lui, au chancelier et à moi, sur le temps et la qualité de ce rachat. Sa majesté craignait que peut-être cette partie ne fut entre les mains de personnes auxquelles il ne fût pas à propos de Toter. Un noinmé Longuet lui présenta aussi sur ce sujet dé longs mémoires, qu'il me renvoya , aussi-bien que les propositions qu'étaient ve^us lui faire à Fontainebleau les fermiers des aides , en me disant qu'il avait dans l'esprit que ceux qui venaient ainsi lui parler arriére de moi cherchaient à le surprendre.
Le duc de Nevers présepta requête au conseil.