‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 40 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIÈME

de^ sommes immenses au roi. « Comment , ventre ce de ma vie ! lui dis-je , en faisant l'homme vérita- « blement en colère ^ vous êtes donc , à ce que je a vois j ce gros piffre de Portugais ' qui gagnez « tous les jours l'argent du roi ? Pardieu ! vous êtes « mal tombé ; car je n'aime ni ne veux de telles « gensu » Il voulut répliquer : ce Allez , allez , lui dis- « je en le repoussant, cherchez une autre entrée, a car vous ne me persuaderez point avec votre ba- « ragouin. » Le roi lui ayant demandé s'il n'avait pas trouvé beau et parfaitement bien dansé le ballet qu'il avait vu, Pimentel lui répondit qu'il en avait eu envie , mais qu'il y avait trouvé à une porte son grand financier, avec son front négatif, qui l'avait bien renvoyé ; et il conta scm aventure , qui parut si plaisante au roi , de la manière dont il la rapportait , qu'il en rit de tout son cœur , et n'oublia pas d'en régaler toute la cour.

Je ne chercherai point ici les détours d'une fausse modestie pour faire entendre que la confiance que le -roi me témoignait était dès-lors montée à un tel point , que , si j'avais aspiré au titre fastueux de favori , j'aurais pu le prendre. On en jugera par les offres qui me furent faites cette année par sa majesté. Mais il faut reprendre la chose d'un peu plus haut.

Parmi les calomnies qui me mirent, en i6o5,

' Pimentel nétait point Portugais y niais Italien.

k deiiK doigts de ma disgrâce, on voulut persuader à Henri , par des avis secrets , qtf il me montra alors, que je songeais à faire faire à mon fils ^ , en le mariant, une fortune si considérable,- qu'il pût se rendre redoutable à sa majesté elle*méme ; que tant de personnes y travaillaient par mon ordre , ou seulement dans l'envie de me faire leur cour, qu'on me mettait à même de choisir entre mesdemoiselles de Bourbon, de Mayenne^ de Montmorency, de Bouillon, et de Gréquy; et, à plus forte raison, entre les filles des particuliers les plus riches du royaume, si je préférais de grands biens à un grand nom. Ce fut là un des principaux points de cette longue et sérieuse conversation que j'eus avec sa majesté l'année précédente , dans le cabinet des livres , dont j'ai laissé à faire connaître ce qu'il m'est permis d'eii révéler lorsque l'occasion s'en présenterait. Henri me demanda quelles étaient mes vueà pour mon fils , et ce qu'il y avait de vrai dans tout ce qu'il entendait dire. J'avouai à ce prince qu'il était vrai qu'on m'avait fait sur chacun de ces partis des offres bien capables d'éblouir un ambitieux ; mais

' Maximilien de»Béthttne, marquis de Rosny, fils ainé du duc de Sully et d*Anne de Courtenay, sa première femme. Il fut surintendant des fortifications, gouverneur de Mantes et de Gergeau, et grand-maître en survivance de son père, avant lequel il mourut, en i634.

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