‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 41 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUliME. g · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUliME. g

que je n'y avais répondu qu'en disant que c'était de la main seule de sa majesté que je devais recevoir une femme pour mon fik.

Le roi me témoigna qu'il me savait fort bon gré (te cette réponse et de ces sentimeôs ; et , achevant de s'ouvrir à ïfioi , il me dit que deux choses lui feraient tme égale peine de ma part; Tune, si, connaissant avec quelle répugnance il voyait sa principale noblesse mêler son sang avec celui d'un bourgeois et d'un roturier , je songeais à me vùés^ allier ; et l'autre, si je me mettais dans l'esprit au contraire de choisir une femme dans la maison de Bourbon , dans celle de Lorraine , et plus encoï'e dans cette de Bouillon. Qu'ainsi , des cinq filles dont on avait parlé pour Rosny , il ne voyait que mademoiselle de Créquy , sdr laquelle il pàt faire tomber son choix , tout le monde connaissant les maisons de Bonne , de Blanchefort et d' Agoust , pour être dés plus communes dans la noblesse , quoique distinguées d'ailleur»autant par de grands exemples de valeur personnelle que par des dignités éclatantes, Henri , se confirmant dans sa pensée , ajouta qu'il ne voulait pas que la proposition s'en fît par d'autres que par lui-même , et qu'il en prendrait le temps convenable pour cela : ce qu'il fit presque incontinent.

Lesdiguières et Créquy ne furent pas difficiles à persuader. Je puis dire même qu'ils ne se ralen-

tirent point de l'empressement qu'ils me témoignèrent pour la conclusion de cette affeire qu'ils ne vissent tous les articles de mariage non-seulement arrêtés, mais même signés. Je dirai encore avec vérité qu'ils ne trouvèrent sur les conditions nulle chicane de ma part. Je voulais me donner de tendres amis, encore plus de proches parens. Il n'arriva rien dans les années suivantes qui ne me confirmât dans l'idée que j'avais réussi à me procurer cette satisfaction. Je ne songeais pas que ces années étaient pour moi un temps de gloire et de prospérité. Il a passé ; ces amis ont disparu avec ma faveur, ces alliés si respectueux avec ma fortune ! Que dis-je ? on n'a pas voulu qu'il manquât à ma disgrâce et à celle de mon fils d'avoir à détester par mille endroits la plus malheureuse de toutes les alliances. Que n'avais-je le don de lire dans les esprits ! Mais peut-être ai-je à remercier le ciel de mon erreur et de ma crédulité. La tentation à laquelle je me vis exposé peu de temps après en serait peut-être devenue insurmontable pour ma conscience.

Quoique le mariage ' conclu ne dût pas encore

' Il ne le fut qu'au mois d'octobre de Tannée suivante, à Charenton, par le ministre du Moulin. La fille n'était encore âgée que de neuf à dix ans. Elle s'appelait Françoise, fille de Charles de Blanchefort de Créquy, prince de Poix, et ensuite duc de Lesdiguières , par son mariage av^ Magdelaine de

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