‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 44 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUIÈME. Io · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIÈME. Io

qu'ils étaient persuadés , et qu'ils disaient même assez hautement que, si une fois je leur manquais, je ne m'en tiendrais pas à leur égard à la seule indifférence , mais que je serais leur plus ardent persécuteur. Je n'entendis, pendant je ne sais combien de temps, que des exhortations, des remontrances et des harangues de leur part, qui n'auraient eu guère d'effîcace auprès des discours du roi, si je n'avais heureusement trouvé ma force au-dedans de moi-même. La comtesse de Sault ^ Lesdiguières , et tous les Créquy travaillaient cependant de leur coté avec vivacité à empêcher que le mariage arrêté ne fut rompu , ni celui avec mademoiselle de Vendôme achevé. Ils voulurent persuadera la reine qu'elle devait s'intéresser pour eux , et se plaindre de ce qui se projetait. Comme ils virent qu'elle n'en voulait rien faire, ils revinrent à employer, pour me retenir, tout ce qu'ils purent imaginer de plus fort : assiduités , prévenances , assurances , promesses , sermeus , tout fut mis en œuvre pour me détourner d'un dessein que je n'avais point.

Je partis de Paris sur ces entrefaites , pour faire un voyage de dix à douze jours à Sully et dans mes autres terres , d'où je ne fus pas plus tôt de retour , que sa majesté envoya Villeroi recevoir ma réponse sur tout ce qu'elle m'avait proposé. Je ne fus pas fâché de n'avoir qu'un témoin devant le-^

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quel je pusse dire plus librement tous mes sentimens ; le temps ne m'y avait que plus affermi. Je dis à Villeroi que je remerciais très-humblement sa majesté de tout l'honneur qu'elle me faisait ; que je ne consentirais point à me voir revêtu de charges de personnes encore vivantes; et que, quand elles viendraient à vaquer , je ne m'en estimais pas digne, ayant déjà assez des miennes; que, pour ce qui regardait mon fils , je n'aurais jaïnais d'autre conseil à lui donner que d'obéir au roi et de ne rien faire contre sa conscience. J'eus mes raisons pour trancher encore plus court sur l'article de mon changement de religion. Je dis à Villeroi que c'était le cardinal du Perron que j'avais choisi pour en porter ma réponse à sa majesté. Cette éminence crut , aussi-bien que Henri , que cette parole voulait dire quelque chose ; Henri la lui annonça lui-même avec une grande espérance, et je ne tardai pas à voir arriver chez moi du Perron , qui me pressa de lui ouvrir mon cœur. Je mis assez de force, et même de théologie dans la réponse que je lui fis pour lui faire comprendre qu'il s'était bien trompé. Son érudition et son éloquence ne me touchèrent point; il rapporta au roi que j'étais inébranlable.

Ce prince, qui voulait aussi de son côté faire un dernier effort , m'envoya chercher ; et quoiqu'il n'employât que la douceur , la tendresse et

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