LIVRE VINGT-CINQUIÈME
les sollicitations d'une ancienne amitié , s'il m'est permis de parler de la sorte , je compris que le danger n'avait point été jusque là aussi pressant qu'il l'était en ce moment , surtout lorsque je l'entendis me reprocher ma constance comme une dureté à son égard, et une marque, disait-il, que je ne l'aimais plus. Il me dit enfin qu'il m'en parlait pour la dernière fois , et que je lui donnasse du moins mon fils. A quoi je répondis encore que je ne le lui refusais pas ; mais qu'il m'était impossible d'user envers lui de l'autorité de père pour l'obliger à se faire catholique. Sa fermeté égala presque la mienne. £t le roi , qui ne voulait donner sa fille à aucun des princes, pour ne pas les rendre trop puissans, résolut de marier mademoiselle de Vendôme au fils du connétable. La comtesse de Sault prit ce moment pour revenir plus fortement à la charge sur l'accomplissement de celui de sa petite-fille.
Restait à parer le contre-coup de la part de mes ennemis; et c'est ce que je ne négligeai pas. Lorsque je sus qu'ils étaient occupés à me le porter , je pris ce temps-là pour écrire au roi que je n'ignorais pas tout ce qu'on lui rapportait pour lui donner une mauvaise impression de mes paroles , de mes actions et de mes pensées , et qu'on m'imputait même ce que je ne disais, ni ne faisais, ni ne pensais ; que je le priais instamment de se sou-
lo6 MEMOIRES DE SULLT.
venir toujours de la promesse qu'il m'avait faîte , de me déclarer lui-même et ses volontés , et ses sujets de plainte contre moi. Il me répondit, d'une manière bien propre à me tranquilliser contre la cabale de mes ennemis , que j'avais de commun avec toutes les personnes en place de faire plus d'envie que de pitié. « Vous savez , me disait-il , si « j'en suis exempt, et d'une religion, et de l'autre. a Ce que vous avez à faire, c'est qu€, comme a je prends conseil de vous dans toutes mes afcc faires, vous preniez aussi conseil dé moi dans « les vôtres qui importeront tant soit peu, comme « du plus fidèle ami que vous ayez au monde , et « du meilleur maître qui fut jamais. »
Ce n'était pas sans fondement que Henri se citait pour exemple; il avait ses inquiétudes, et aussi ses ennemis plus secrets; car quoiqu'on ne vît plus , comme dans les années précédentes , des séditions près d'éclater dans le royaume, parce que les coups d'autorité qu'on avait faits avaient obligé l'insolence et la mutinerie à se teiiir cachées, cependant il n'est que trop v^i qu'on apercevait encore à la cour, et parmi tous les p^lus quaM^és du royaume, ce même esprit turbulent, i^^iquiet et ardent pour les nouveautés , qui avait tottt brouillé pendant si long-temps. Il ne produfËàai^ plus que des Avisions dans lés £stmilles, et dés^ qfùérelles entre des particuliers, que Henri s'appËquait à