LIVRE VirîGT-CIWQUiiME. IO
de mademoiselle des Ëssarts , de la vieille madame d'Ângouléme , de la comtesse de Sault, de mesdames de Ragny et de Chanlivault , deux de mes parentes ; du commandeur de Sillery ^ , de Rambouillet, de Marillac, de Duret le médecin, d'un autre médecin juif, et de bien d'autres des plus considérables de la cour, tous différemment in* téressés dans ces aventures, comme principaux acteurs, ou comme participans, que je pourrais bien en dire beaucoup sans rien apprendre de nouveau; mais ce ne serait, après tout, qu'une ré* pétition bien froide de tracasseries toutes pareilles à celles dont on a vu ci-devant quelques échantillons.
La raison que j'ai d'excepter de cette règle le trait suivant , c'est qu'il suf&t qu'il paraisse exiger quelque justification de ma conduite personnelle envers le public, auquel il n'a pas été caché. Dans un de ces moniens où Henri sentait le plus vivement les indiscrétions de la reine, le bruit courut qu'il l'avait quittée brusquement, et qu'il s'en était allé à Chajitilly sans la voir. Cela était vrai : ce prince passa par l'Arsenal, et s'ouvrit à moi de tout ce qu'il avait sur le cœur. Le roi parti, j'allai
véque d'Auch. Elle était fille naturelle du baron de Sautour, en Champagne. Journal du régne de Henri III, imprimé en 1720, t. I, p. 277.
' Noël de Sillery, frère du chancelier, ambassadeur à Rome.
l'après-midi au Louvre , pour tâcher de parler à la reine, accompagné d'un seul de mes secrétaires^ qui n'entra point avec tnoi dans le petit cabinet de cette princesse , où elle était renfermée en ce moment. La Conchini était à la porte de ce cabi* net, la tête appuyée sur son coude, comme une personne qui dort , ou du moins qui rêve profon* dément. Je la réveillai. Elle me dit que la reine n'avait pas voulu la laisser entrer dans son cabi* net, dont la porte me fut pourtant ouverte ' sitôt que je me fus nommé.
' La reine eut, pendant un assez long temps, beaucoup de confiance en Sully. L'auteur de l'histoire de la mère et du fils rapporte que cette princesse, ayant résolu un jour, par le conseil de Conchini, d'avertir le roi que tek et tels de la cour avaient osé lui parler d'amour , voulut auparavant consulter ce ministre , qui la détourna de cette résolution, en lui représentant tt qu'elle allait donner au roi le plus grand et le plus «juste soupçon qu'un mari de sa qualité pût avoir de sa <c femme, attendu qu'il n'y avait point d'homme de jugement « qui ne sût fort bien qu'on ne parlait point d'amour à une « personne de sa condition, sans avc^r premièrement reconnu « qu'elle l'aurait pour agréable, et sans qu'elle fît la moitié « du chemin; et que le roi pourrait penser que les motifs qui ft l'auraient portée à faire cette découverte seraient ou la « crainte qu'elle aurait qu'elle ne fiit connue par une autre a voie, ou le dégoût qu'elle aurait pris de ceux qu'elle vou- *i lait accuser, par la rencontre de quelques autres plus agréa- « blés à ses yeux, ou enfin la persuasion d'autres, assez puis- '< sans sur son esprit pour la porter à cette résolution. » Tom. i , page lo.