LIVRE VINGT-CIWQmÈME. Iî
c en usant d'adresse; mais dans deux jours j'es- « père vous en rendre bon compte; je le ferais, a poursuivis-je , peut-être encore plus tôt, si je sa- « vais ce qu'il y a dedans qui vous offense. Com- « ment! dit-il , c'est une lettre très -bien faite, « pleine de raisons , d'obéissance et de soumis- « sion ; mais qui me mort en riant , et me pique « en me flattant : en particulier, je n'y vois rien à « reprendre , mais en gros elle me fâche , et me <E fâcherait encore davantage , si elle venait à être « rendue publique. Mais , Sire , repris-je , si elle a est telle que vous le dites , si elle peut avoir été « faite à bonne intention , et pour empêcher un « plus grand mal. Non , non , interrompit Henri , ff elle a été faite malicieusement et pour me piflc coter. Si ma femme avait pris conseil de vous, <c ou de quelque autre de mes bons serviteurs , je oc ne m'en offenserais pas tant. Quoi! Sire, repar- « tis-je aussitôt , si c'était un de vos bons serviteurs « qui l'eût faite , vous ne lui en sauriez pas mau- « vais gré? Nullement, médit encore le roi, car «t il l'aurait fait sans doute à bonne intention. Cela c est vrai. Sire, dis-je à mon tour; mais ne vous a fâchez donc plus , car c'est moi qui l'ai faite , « crainte de pis ; et quand vous en saurez les raic sons, vous direz que j'ai fait ce qu'il fallait faire; « et afin que vous n'en doutiez point , je vais vous a en montrer l'original , écrit de ma main, à côté V. S
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a de celle de la relue. » Je le tirai de ma poche, et le lui présentai en disant ces paroles.
Le roi , en le lisant , m'y fit remarquer quelques mots, en la place desquels la reine, en cofÀant cette lettre, en avait substitué d'autres beaucoup moins doux. « Oh bien , me dit*il , puisque c'est <c vous, n'en parlons plus, j'ai le cœur content; a mais ce n'est pas tout, ajouta-t-il, en se servant « de l'ascendant que j'avais paru avoir en cette oc- « casion sur l'esprit de la reine. Il faut que vous me « rendiez deux services. » J'écoutai ce prince avec attention , et sans l'interrompre , quoiqu'il me parlât assez long-»temps, et je- rapporterai ici ses propres paroles , que je mis dans le moment même par écrit : c'est par ces sortes de discours familiers que je crois qu'on peut mieux connaître l'inté* rieur des écrits et le vrai caractère d'un cœur. «c J'ai su, dit-il, que ma femme est venue ici par a deux fois pendant que j'étais à la diasse, qu'elle « s'y est enfermée seule avec vous, dans le cabinet «c de votre f^nme , qu'elle y a demeuré chaque (c fois plus d'une heure; qu'au sortir de là, quoicr qu'dle eut le visage enflammé de colère et les a yeux pleins de larmes , elle n'avait pas laissé de « vous faire bonqe mine, de vous remercier; enflc fin qu'elle avait paru être tout-à-fait satisfaite «r de vous. Et afin que vous sachiez que je ne suis « pas mal averti , je ne vous cèlerai point que j'ai
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a $u tout c^i de ma cousine de Rohan , votre fille , « non pour faire la rapporteuse , niais parce « qu elle croyait que je serais bien aise de vous <c voir en aussi bonne intelligence avec ma femme, a U faut bien qu'il s'agisse entre la reine et vous « de choses de conséquence, car elle ne m'a jamais « dit un seul mot qui m'en ait pu faire découvrir ff la moindre particularité , quelques questions a que je lui aie faites là «-dessus. Je vous défends « bi^i au moins, et sur peipe de m'offenser bien c fort , de parler de cel^ à ma cousine de Rohan; « je n'aurais plus le plaisir que je prends avec elle « quand je viens ici , et elle ne me conterait plus « rien , si elle savait que je vous l'allasse redire ; * quoique je rie et joue avec elle comme avec c un enfismt, je ne lui trouva pourtant pas l'esc prit d'un enfant ; elle me donne quelquefois de c très-hoius avis , et surtout die est fort secrète , « lui ayant confié plusieurs choses dont j'ai bien c vu qu'elle n'a jamais parlé , i^ à vous , ni à € d'autres.
« Mais pour revenir à ces deux signalés serc vieea , qu'il me semble que je ne puis recevoir « que de vous seul , je yeux Picore , avant toutes « choses 9 comme je vous l'ai déjà dit autrefois , K qu'en tout ce que vous allez dire et faire de ma « part, il ne paraisse nullement que ce soit de con- < cert entre vous et moi-^ ni dè^ mon su ; mais qu'au
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« contraire vous agissez de votre propre mouvecc ment, et que vous craignez même que celsi ne (£ vienne à ma connaissance. L'un de ces services a regarde madame de Yerneuii , et vous commena cerez par celui-là , qui doit servir de prépara tif <c à l'autre. Vous lui direz que , comme son ami par- « ticulier, vous l'avertissez qu'elle est à la veille de ce perdre mes bonnes grâces , si elle n'agit avec une « grande prudence; que vous avez découvert qu'il « y a des personnes qui me sollicitent de faire les «c doux yeux à d'autres ; que, si cela arrivait , vous ce savez, à n'en point douter , que je lui oterais ses « enfans, et la confinerais dans un cloître; que ce ce refroidissement , selon toutes les apparences , ce vient, en premier lieu , de l'opinion où je suis ce qu'elle ne m'aime plus , qu'elle se permet de parce 1er fort souvent de moi avec mépris , et même ce qu'elle m'en préfère d'autres. Secondement , de ce ce qu'elle cherche à s'appuyer de la maison de a Lorraine , comme si elle avait voulu prendre ce d'autre protection que la mienne; que ses intelct ligences surtout et ses familiarités avec MM. de ce Guise et de Joinville me déplaisent au dernier ce point, étant persuadé qu'elle n'en reçoit que ce des conseils perûicieux à ma personne et à mon « état , non plus que de son père et de son tfrère , ce avec lesquels elle ne laissait pas , malgré mes «c défenses , de continuer d'avoir commerce , lors-