LIVRE VIITGT-CINQUIÈME. II
« qu'elle aurait dû se trouver fort heureuse qu'à « sa prière je leur eusse fait grâce de la vie; qu'elle « faisait parler à son frère par sa femme , à laquelle « j'avais permis de lavoir; mais que la principale a raison de mon éloignement pour elle est causé a par ses indignes procédés envers la reine.
« Si vous pouvez, continua sa majesté, après <c m'avoir dit , sur le chapitre de madame de Ver- <K neuil, tout ce qu'on a vu que j'ai dit moi-même a ci-devant ; si vous pouvez, par industrie ou par «bonheur, obtenir qu'elle se change sur tout a cela, outre que vous me tirerez de peine et « me mettrez en repos de ce côté-là, vous vous en « servirez de moyen et de cause pour disposer ma (c femme à s'accommoder à ma volonté : c'est le (c second service que j'attends de vous. Vous retf montrerez à celle-ci , toujours comme de vous- « même, qu'elle ne saurait mieux faire, si elle « veut que je lui donne contentement; qu'entre ff autres choses , rien ne m'est plus insupportable a que l'autorité absolue qu'elle a laissé prendre (c sur elle à Conchini et à sa femme; que ces gens- « là lui font faire tout ce qu'ils veulent , s'opposer a à tout ce qui ne leur plaît pas, et même aimer a et haïr qui bon leur semble ; qu'ils ont enfin d^ poussé ma patience à bout ; que je me suis bien « reproché de n'avoir pas suivi le conseil de la « duchesse de Florence, de don Jpan, de Jouanini,
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« de Gondi , et le mien , de les reniM>yi«r l'un et
« l'autre en Italie dès Marseille J'ai Vdulu ,
a poursuivit Henri, remédier depuis à cette faute a par le moyen de don Joan ; mais je me suis bience tôt aperçu qu'il était trop tard ; car à peine don (c Joan voulut-il entamer le propos par forme de ff conseil , que ma femme entra , comme vous l'a- « vez su , dans une 'si grande colère contre lui y « qu'il n'y eut sortes de reproches, dlûjure* et de « menaces dont elle n'usât en son endroit , juste qu'à ce que lui , ne pouvant plus leâ souffirir , t< elle l'a obligé, quelque chose que j'aie pu dire oc et faire , de se retirer horis de Fmnce , dont elle « a été merveilleusement aîse pour Gonchini , « qui mourait de peur que d^n Joan né le pôi- <c gnardât, comme celui*ci s'eti vantait as!9e2 pu* <c btiquement Auparavant tout cela la princesse n d'Orange imagina et me fit proposer d'autï*es K expédiens par madame de Vemeuil, qui ci*ut « que cette complaisance lui obtiendrait de la « reine la permission deia vtdir, et dé venir ii- « forement au LoitVk>e* Ces etpédiens, auxquels * je consentiis , parce que je vis que vous ti*y confie tredisi^ pas, furent de ttiâriei' ensemble Con* « chini et la Léonore, pour les renvoyer après en «r Italie , sous le prétexte honorable pour eux de « vivre splendidement en leur pays des grands ff biens qu'ils ftvate»il acquis m Frâfnce; ruais tout
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« cela, bien loin d'adoucir l'esprit de ma femme , c n'a bit que lui apprendre à combattre encore a davantage toutes mes volontés , et eux - mêmes « (pariant des Concbini , mari et femme) en sont <c devenus si rogues et si audacieux, qu'ils ont tf été jusqu'à us^r de menace contre ma per^ « sonne, si je feisais quelque violence à leurs parler tisans. »
Le roi ne sortit pas sitàt de cet article , dans la colère où il étetit contre toute cette séquelle. Il me rapporta, entre autres, le trait suivant, que je croyais qu'il avait ignoré jusque là. Mon épouse, aysmt su que Gonchini songeait à faire l'acquêt de la Ferté^u-Vidame , qui est une pièce de deux ou trois cent mille écus, jugea que cet établissement allait faire un éclat qui ne pouvait retomber que sur la rrine elle*-méme , à cause de la protection qu'on savait qu'elle lui accprdait. Mie ne balança pas à aller trouver cette princesse, à laquelle elle sut persuader qu'il était de son intérêt d'empécber Gonchini de pousser cette affaire plus avant. La reine reçut fort bien ce conseil de mon épouse, et Ten remercia; mais sitôt qu'elle eut revu les Gonchini , ils lui tournèrent si bien l'es^ prit, qu'elle s'emporta de la plus étrange manière contre madame de Rosny , et fut quelque temps sans vouloir la voir ; ce qui peut-être eût duré beaucoup plus long-temps , sans la r^exion
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qu'elle et ses favoris avaient , à toute heure , besoin de moi. « On m'a dit, ajouta Henri , que Con- « chini fut assez effronté pour venir en £aire des ce reproches à votre fçmme, et d'une manière si « remplie d'insolence contre elle et moi , que je K me suis étonné qu'elle ne lui répondit pas plus <c vertement. J.e me doute que c'est dans la crainte « de se mettre mal tout - à - fait avec ma femme. •r Combien encore pensez -vous que j'eus de dé- « pit (car Henri ne se lassait point d'invectiver « contre cet Italien) lorsque je vis cet homme « entreprendre d'être le tenant , dans une célèbre « course de bague, contre tout ce qu'il y a de oc galans hommes en France, en. public, dans la <c grande rue Saint- Antoine, où ma femme et « toutes les damnes, se trouvèrent; et qu'il eut assez « de bonheur pour l'emporter ? Rien ne m'a jamais <c fait tant de plaisir que j'en eus à cette course y « en voyant M. de Nemours et le marquis de a Rosny votre fils , arriver montés sur deux che- <c vaux qu'ils maniaient de même air, et avec une « singulière justesse. »
Henri ayant repris en deu?: mots, après tout cela , ce qu'il avait pris tant de plaisir à étendre : <c Regardez, me dit-il, à manier bien tout cela, a à différentes reprises ^ sans rien précipiter , «enfin avec votre circonspection, votre respect ^ <K et votre dextérité accoutumés. Je vous proteste