‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 55 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l3î · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l3î

Le comte de Sommerive ' osa aussi se jouer à son maître , et prit de même pour l'objet de ses galan^ries la comtesse de Moret , avec laquelle il débuta pgir une proposition de mariage , dont on a cru mên^au'il y avait une promesse par écrit : l'un ne coûtfe«j)as plus que l'autre à un jeune homme emporté. Le roi , lorsqu'on lui en parla , trouva cette alliance de son gré , et se contenta d'employer La Borde, gentilhomme, qu'il connaissait le plus affectionné à son service de tous ceux qui hantaient chez la comtesse , à découvrir si de part et d'autre il y avait de la sincérité , et surtout à empêcher que cette jeunesse ne sortît des bornes du devoir. Le rapport de La Borde ne fut pas favorable à Sommerive, qui porta d'abord sa pensée à faire assommer cet incommode surveillant. Un jour que Sommerive, sortant de l'église, où il venait de faire ses pâques, rencontra La Borde, il le chargea de manière qye celui-ci n'eut obligation de sa vie qu'à la fuite. Le roi me commanda d'in-

« été sur le point d'accoucher; le temps raccommoda Taf- <j faire. » Hem*i donna ordre qu'on arrêtât le prince de Joinville; mais il se sauva hors du royaume, où il ne revint qn'après la mort de Henri IV , sa famille n'ayant jamais pu obtenir de ce prince qu'il fût rappelé. Galanteries des rois de France.

' Charles-Emmanuel de Lorraine, second fils du duc de Mayenne.

l3a MÉMOIRES DE SULLY.

former de ce fait, qu'il qualifia, dans sa colère, d'assassinat : le temps choisi par Sommerive , et le manque de respect pour le roi , le rendaient en effet encore plus coupable.

Comme il ne laissait pas cependant d'y avoir quelque tempérament à garder, ne fut-ce qu'à cause de La Borde lui-même, car sa majesté conyenait que Sommerive était bien autrement à craindre que Joinville, LaVarenne vint de sa part conférer avec moi sur le moyen de sortir de cette affaire , dont le meilleur nous parut que le duc de Mayenne fit lui-même justice à sa majesté de son fils. Je fus chargé de ce message , et laissé le maître de la manière dont je le traiterais. Je trouvai le duc de Mayenne dans un accès si violent de goutte et de fièvre , qu'il n'y avait aucune apparence de lui parler, et sur un pareil sujet. Leduc d'Aiguillon ' , aîné de Sommerive , me dit que le procédé de son frère n'avait causé plus de mécontentement et d'indignation à personne qu'à toute sa famille ; que la maladie de son père n'avait point d'autre cause; qu'il voudrait lui-même être mort, aussibien que cet indigne frère , né pour le fléau de ses parens; que le roi ne savait que trop bien luimême comment il les traitait tous , quoiqu'ils cherchassent , pour l'honneur de la famille , à en ôter la connaissance au public ; enfin que ce der-

* Henri de Lorraine, duc d'Aiguillon ^ et ensuite de Mayenne.

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