‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 56 sur 195 · LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-CINQUIÈME. l

nier trait les mettait tous au désespoir. A quoi d'Aiguillon , en me priant de l'assister de mes con seils, ajouta quil irait, si sa majesté l'exigeait, reœvoir d'elle ses ordres et les exécuter lui-même, quels qu'ils fussent, contre son propre frère, et que, pour lui , il manquerait plutôt à sa propre vie qu'au serment qu'il avait fait d'obéir à son maître avec toute la fidélité et le zèle d'un serviteur et d'un sujet.

Pour ne pas faire connaître à d'Aiguillon que je venais par commission du roi , je lui dis que je ne lui conseillais pas de l'aller trouver , parce que je ne savais pas s'il était encore inforaié de l'action; que je pourrais lui donner un bon conseil dans vingt-quatre heures, qui était le temps nécessaire pour envoyer à Fontainebleau savoir les sentimens de sa majiesté. Je me contentai pour le momeurt présent de lui bien faire sentir la noirceur et craindre les suites de l'entreprise de Somraerive. Il enchérit sur tout ce que je pus lui dire avec une sincérité dont je crus qu'il était de mon devoir de rendre compte à sa majesté , à laquelle je disais en même temps qu'elle n'avait qu'à prononcer sur la satisfaction, la famille ne craignant rien tant que de perdre ses bonnes grâces.

Ce prince me manda par Villeroi qu'il était content de ce que d'Aiguillon m'avait dit, quoiqu'il

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fut persuadé que tout cet emportement contre le coupable ne les empêcherait pas tous de prendre le ton avantageux en public, comme ils avaient déjà fait en quelques autres occasions semblables;, que je fisse bien valoir à toute la maison de Lorraine la bonté qu'avait eue sa majesté de ne pas commencer par se faire raison de cet attentat; que la famille fît retirer , avant toute chose, le coupable, ne fut-ce qu'à Soissons , comme indigne de se montrer dans un lieu où il pût être vu de sa majesté ; cela fait , que d'Aiguillon pourrait venir dire à ce prince ce qu'ils avaient jugé devoir faire , en attendant que lui-même ordonnât de la peine, offrant de le représenter, et de le fau'e conduire même à la Bastille , si c'était la volonté du roi, ou de le faire sortir du royaume pour deux ou trois ans. Henri faisait entendre que ce serait ce dernier parti qu'il prendrait, et il méritait quelque considération à cause des menées de Sommerive avec l'Espagne. On avait rapporté au roi , en dernier lieu, qu'il avait voulu engager le comte de Saint-Paul à faire un voyage avec lui en Hollande, comme ayant dessein de passer au service des archiducs; qu'il prenait les avis de du Terrail, et que , sitôt qu'il avait eu fait le coup , il avait envoyé quelques-uns de ses domestiques en Flandre. Ce n'était ni dans cet endroit , ni dans aucun autre appartenant aux Espagnols , que sa majesté voulait

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