LIVRE VINGT-CINQtJlÈME. I
qu'il portât ses pas , mais du côté de Nancy , d'où il pourrait passer à la cour de l'empereur, et encore mieux en Hongrie.
A cette lettre de Villeroi était joint un billet en deux mots , que le roi m'adressait. « Je vous dirai tf que le plus homme de bien de la race n'en vaut a guère. Dieu veuille que j'y sois trompé ! » Il fut pourtant fort content du procédé de d'Aiguillon, lorsqu'il vint saluer sa majesté à Fontainebleau : il trouva seulement quelque affectation de sa part à diminuer le tort de son frère ; il lui ordonna que Sommerive passât en Lorraine , et qu'il n'ea sortit point sans sa permission. Je fus chargé de notifier cet ordre au duc de Mayenne , sa majesté ayant bien vpulu accorder auxprièi*es de d'Aiguillon de lui épargner ce chagrin.
D'Aiguillon ne se souvint pas trop bien pour lui-même des leçons que le roi venait de lui faire pour son frère. Personne n'ignorait l'amitié que le roi portait à Balagny \ Il venait de lui en donner une preuve en le maintenant dans la jouissance des greffes de Bordeaux , dont les traitans avaient cherché à le déposséder. D'Aiguillon eut Vimprudence de se faire des affaires avec lui , pour
' Damien de Montluc, seigneur de Balagny, fils de Jean, prince de Cambrai > et de Renée de Clermont de Bussy d*Amboise : il n'avait alors que vingt«cinq ou vingt-six ans, et n'était point marié.
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des sujets qui, à la vérité, ne passaient pas la galanterie , et la lâcheté de l'attaquer presque seul , quelque temps après , étant lui-même accompagné d'un gros de gens armés. La prévention où était déjà Henri contre toute cette maison lui fit envisager avec indignation .cette entreprise. Dans le premier mouvement de sa colère, il m'écrivit qu'étant résolu de punir d'Aiguillon , il me prie d'oublier , avant toute chose , que j'avais fait jusque là profession d'être de ses amis , parce que je devais beaucoup plus à l'amitié de mon roi. Cette lettre me fournit une grande preuve de l'habileté de ce prince à se connaître en hommes. Il m'y prédit que tous les services que je rendais à d'Aiguillon seront oubliés de lui sitôt que ma mauvaise fortune m'aura mis hors d'état de lui en rendre davantage ; et rien n'a jamais été mieux vérifié.
J'étais bien éloigné alors de le croire; et ne considérant que ce qu'exigeait de moi l'amitié que j'avais pour toute la maison de Lorraine , la lettre du roi , que son courrier me remit à Montargis , où il me rencontra revenant de Sully , ne m'empécba pas de répondre aussitôt à sa majesté , et uniquement pour faire ce qu'elle me défendait , c'est-à-dire pour la fléchir en faveur de d'Aiguillon , sans attendre le voyage que je me proposais de faire incessamment à la cour. Je puis dire que