LIVRE VINGT-CÎNQUIKME. iSq
brouilla sans fondement avec d'Épemon , que je fus chargé d'apaiser. « Car, comme vous savez , (c me mandait Henri , il veut toujours être le mai- « tre. » L'enlèvement d'une fille mit les La Force et les Saint-Germain aux couteaux. Saint-Germain le fils , qui était le ravisseur , mandé par le chancelier, de la part du roi, sortit de Paris, au lieu d'obéir, et alla trouver son père, laissant le roi dans la crainte qu'il ne découvrît chez les étrangers des ordres importans, qu'il ne pouvait ignorer avoir été donnés à La Force.
C'était encore là le vrai principe de cette licence et de cette mutinerie que le roi se plaignait si amèrement qui gâtait tous les esprits , et que la noblesse prenait des grands, et les grands des princes du sang. Le comte de Soissons affichait !e mécontentement. Le prince de Condé tassait la patience du roi par des échappées, quelques-unes seulement dignes de risée, et d'autres assez sérieuses pour bien fâcher sa majesté. On ci*ut que le mariage serait le vrai remède à cette légèreté. Le roi songea à lui faire épouser mademoiselle de Montmorency % et ce mariage mit le comble aux chagrins de sa majesté , comme nous le verrons Tannée suivante.
Celui de mademoiselle de Mercœur acheva aussi de l'aigrir contre toute la maison de Lor-
' Marguerite-Charlotte de Montmorency.
]4o MÉMOIRES DE SULLY.
raine. C'était un article décidé dès le temps du passage de sa majesté en Bretagne , en 1 598 ; les parties étaient en âge de le consommer ; mais la mère et la grand'mère de la demoiselle avaient su lui inspirer une telle aversion pour M. de Vendôme, qu'elle ne pouvait souffrir qu'on lui en parlât. Le prince de Condé , qui n'était pas encore marié alors , aurait été bien plus du goût de l'un et de l'autre; et à son défaut, la duchesse aurait voulu conserver dans sa famille les grands biens de sa fille. Le roi ne pouvait s'ôter de l'esprit que les ducs de Guise et de Mayenne ne contribuassent à entretenir l'opiniâtreté de cette femme, et je soutenais quelquefois à ce prince qu'il ne leur rendait pas justice en cette occasion ; ce que sa majesté aurait bien dû connaître à la fin par le peu dé résistance qu'ils apportèrent à ses intentions , lesquelles leur furent déclarées par le marquis d'Oraison, qu'ils avaient envoyé au roi. Le parti de l'autorité et d'un commandement absolu était le plus prompt et le plus assuré ; mais Henri " était encore moins d'humeur de s'en ser-
' « Henri , lorsqu'il était en colère , menaçait la duchesse de « Mercœur de lui faire payer deux cent mille écus de dédit, « outre cent mille écus que portait le dédit La duchesse, de « son crfté, faisait dire au roi, qu'il prît non-seulement les cent « mille écus, mais encore tout son bien, s'il en avait affaire. La n fille se retira aux Capucines, où elle voidut se faire religieuse. » Mémoires historiques de France, ibid.